mardi 12 mars 2019

Désillusion : "Metal influences"

Cela fait un petit moment que j'avais envie de parler de ce disque, l'une des plus convaincantes sorties du label Emanes Metal Records...
Groupe français basé en Normandie, Désillusion nous offre une pièce de choix avec ce "Metal influences" : production moderne et bien mise en son, musiciens aguerris, beau travail de composition. 
De façon basique, le heavy metal de Désillusion se situerait à la croisée des chemins entre Stratovarius, Helloween, Judas Priest, ou encore Rhapsody (mais sans les claviers et la dimension symphonique). Le propos est parfois speed mais pas toujours, le groupe sachant parfaitement varier les plaisirs. En toute honnêteté, on pense aussi beaucoup à Manigance une fois le CD inséré dans la platine (nul doute que les fans de ce groupe trouveront leur compte en écoutant "Metal influences"). La comparaison se fait aussi bien musicalement que textuellement mais c'est notamment là que le charme opère : au niveau de ces paroles en français, totalement dénuées de second degré et qui abordent des grands thèmes sociétaux ou historiques... C'est parfois "clichesque" ou même naïf (à chacun de se faire son opinion) mais c'est avant tout un délicieux héritage de la tradition du "french heavy metal" (les connaisseurs apprécieront) ! Même "Metal infuences" (le morceau titre), sur lequel le groupe nous fait sa profession de foi heavy metal à la Manowar, ne déroge pas à la règle : les métalleux sont envisagés sous un angle aussi bien passionnel que sociologique.
L'album défile et notre cœur bat très vite au rythme des véritables hymnes que sont "Serial killer", "Le poing levé",  "Metal influences", "Voyageur d'outre-tombe", "Etat d'âmes", "La bête du Gévaudan". Par contre, les power ballades ("Ultime rémission" et "Illusions perdues") sont un peu moins réussies, cédant un peu trop à une certaine sensiblerie au niveau des textes, de même qu'à des structures de composition trop alambiquées.
Durant tout ce voyage, on apprécie tout particulièrement l'efficacité du chant qui sait alterner entre virilité et lyrisme, ainsi que l'excellent travail fourni par la paire de guitaristes : entre gros riffs,  twin guitars et solis virtuoses, c'est vraiment la fête !




dimanche 24 février 2019

Best albums 2018

1- Ghost : "Prequelle"
Le "blockbuster" de l'année. Un album pratiquement sans faute, accessible, heavy, baroque, progressif et souvent tout simplement très beau.

2- Slash (feat. Myles Kennedy and the Conspirators) : "Living the dream"
Slash est sorti depuis longtemps de la carrière solo un peu anecdotique des débuts. Très occupé avec G N' R, personne ne sait vraiment comment il a réussi à trouver le temps de composer et d'enregistrer cet album, mais le fait est que cette belle cargaison de riffs vintage fait mouche à tous les coups et se révèle vite totalement indispensable.

3- Skull Pit
Quelque part entre Motörhead et Venom, un disque inattendu et passionné, né de l'amitié entre le chanteur d'Exumer et le bassiste de Church of Misery.

4- Greta Van Fleet : "Anthem of the peaceful army"
Le vrai premier album du groupe qui divise le plus... Peu importe les débats sur le pompage éhonté ou non de Led Zeppelin, Greta Van Fleet sait composer, interpréter, faire passer des émotions et, à certains moments, filer le grand frisson. Un très bon disque, respectueux de la tradition et du son des seventies, et pour lequel mon seul petit reproche sera la trop grande présence de balades dans le tracklisting.

5- Lucifer : "2"
Johanna et sa bande réactualisée par la force des choses, nous sert un album moins doom  que le premier mais plus gorgé de stoner, de feeling, de soul, de vibe ; et toujours éminemment frappé du sceau vintage le plus authentique.

6- Dimmu Borgir : "Eonian"
Les Norvégiens ont vraiment poussé la dimension symphonique de leur black metal, tout en incluant des claviers fantomatiques à la Burzum. Souvent porteuse de grandes émotions, cette étrange union entre le glauque, la puissance et l'héroïsme vous fera, sans doute, regarder l'horizon loin devant, avec un réel sentiment d'accomplissement.


7- Nashville Pussy : "Pleased to eat you"
Après un "Up the dosage" très réussi, très investi mais très propre, les Nashville Pussy sont de retour à des plaisirs plus bruts, et renouent avec la production cradingue de leurs débuts. Une célébration hard rock tous décibels dehors, qui peut être envisagée comme le complément idéal à l'album de "Skull Pit". 

8- UDO : "Steelfactory"
Udo Dirkschneider sort tout juste d'une tournée au cours de laquelle il s'est offert un petit plaisir non coupable : interpréter les morceaux qui ont fait sa gloire quand il faisait partie d'Accept. Alors, forcément, de retour en studio, difficile de se débarrasser comme ça d'une telle influence ! D'où ce très bon et très dévoué "Steelfactory" qui donne une idée de l'album qu'Accept aurait dû réaliser en lieu et place du moyen "The rise of chaos".

9- Deicide : "Overtures of blasphemy"
Ils sont toujours là, au service d'un death metal blasphématoire et assez virulent, mais qui a su évoluer. Exit les solis déstructurés et stridents des frères Hoffmann des débuts ; la nouvelle paire de guitaristes apportant un bon cocktail de mélodie et de technique à ce magma de riffs.
Une très bonne cuvée.

10- Seventy Seven : "Bright gloom"
C'est toujours l'apologie du son analogique vrai de vrai et du hard rock. Sauf que, pour s'éloigner de l'influence d'AC/DC, nos rockeurs espagnols ont fait quelques incursions sur les terres de Black Sabbath, principalement le temps de la face "Gloom" de l'album (la face "Bright" répondant davantage au cahier des charges habituel). Il en résulte un album globalement sympathique et très bien mis en son, mais dont certains passages peuvent faire un peu grincer des dents !










vendredi 4 janvier 2019

Deicide : "Overtures of blasphemy"

Vingt-huit ans après son premier méfait, que reste-t-il de Deicide ?
Un groupe toujours actif et un statut relativement préservé : Deicide demeure, en 2018, un des fleurons du death metal, et ce "Overtures of blasphemy" en est une preuve tangible. 
Le propos musical est resté concis : une moyenne de 3 minutes par morceau, avec une rythmique qui tient le choc tout du long, et finalement assez peu de variations internes. Comme avant, le groupe est capable de "speeder" à mort ("Crawled from the shadows", "Excommunicated", "Flesh, power, dominion"), mais aussi d'avoir un propos plus mid tempo ("Seal the tomb below", "Compliments of christ"...), voire heavy (l'introduction de "One with Satan"), voire carrément groovy ("All that is evil"). 
Les frères Hoffman appartiennent au passé depuis longtemps ; sur "Overtures of blasphemy", c'est la paire Kevin Quirion / Mark English qui officie aux guitares et apporte une vraie valeur ajoutée à cet ensemble. Beaucoup d'intensité, mais aussi une manière experte d'aborder les solis qui confère une touche presque néo-classique à la musique (les géniales premières mesures du titre "Anointed in blood", par exemple), ou tout simplement l'habille de manière fort attractive (les harmonies glaciales de "Seal the tomb below"). On remarque également que les riffs sont plus intelligibles et, souvent, plus linéaires que par le passé... Mais pour retrouver le maelstrom qui caractérisait la musique du groupe sur les tout premiers albums, on peut quand même faire confiance à quelques compositions : "Flesh, power, dominion" (sur certaines parties duquel il faut vraiment tendre l'oreille pour comprendre ce que jouent les guitares) ou encore les grosses cassures rythmiques de "Destined to blasphemy". 
Le sieur Glen Benton, lui, blasphème toujours autant dans ses textes, mais semble avoir tourné la page des provocations un peu caricaturales du temps de sa jeunesse folle. Sa voix est devenue magnifiquement caverneuse et ne nécessite, du coup,  plus aucun effet additionnel, ce qui est une bonne chose.
Ecouter un album de Deicide enregistré en 2018, c'est aussi faire table rase des productions du studio d'enregistrement Morrisound : un certain charme, certes, et toute une époque, mais une dynamique assez contestable. Ce qui n'est pas le cas de cette nouvelle cuvée, qui fait bénéficier l'auditeur d'une expérience death metal en technicolor.

mercredi 2 janvier 2019

Skull Pit

Skull Pit est né de la rencontre entre Mem V. Stein (chanteur du groupe allemand de thrash metal : Exumer) et Tatsu Mikami (bassiste du groupe japonais de doom metal : Church of Misery). D'abord liés sur les réseaux sociaux par la collection de disques de Mem (et l’intérêt que porte celui-ci à Church of Misery), les deux compères progressent dans leur amitié naissante et leurs passions communes, jusqu'à ce que Tatsu propose à Mem de collaborer sur des riffs qu'il a en stock et qui ne rentrent vraiment pas dans le cadre de Chuch of Misery...
Après quelques ajustements, Mem commence à poser des textes sur cette musique et à imaginer le concept. Épaules par le guitariste Taichi Futo (du groupe Cemment) et par un batteur de session, l'enregistrement se déroule sur deux sites : les Etats Unis (lieu de résidence de Mem) et le Japon. 
Nous tenons aujourd'hui le résultat entre nos mains : un petit album de métal à l'ancienne, qui louche fortement sur Motörhead et sur Venom. On pourrait d'ailleurs parler de speed metal, puisque la plupart des titres évoluent franchement dans la vitesse pure ("Roller", "Soul raiders", "Marauders", "Wolf spirit" et "All the lessons", la reprise de Rose Tattoo), ou alors on sent bien qu'une simple pichenette suffirait à les y faire tomber ("Double cross", "Fire breather", "Blood titan"). Pour la plupart de ces morceaux, on réalise rapidement que "Ace of spades", "Bomber", "Iron fist", "The hammer" ont bercé la jeunesse de Mem et de Tatsu. Mais comme la voix de Mem, claire et agressive, reste celle d'un vocaliste de thrash, on pense aussi à Venom ou même au Slayer des deux premiers albums (notamment sur ce "Fire breather" de malade). 
Comme il faut varier un peu le propos, "Year of the dog" se propose d'incarner le titre "calme" de la sélection, c'est à dire moins rapide que les autres et plus lourd.
Que reste-t-il de cet album après plusieurs écoutes ? D'abord, l'impression de passer un très bon moment musical, avec l'excitation d'avoir dégoté une sorte d'ovni oublié de la NWOBHM (la production plutôt "vintage" et assez crue de ce disque aidera d'ailleurs à ressentir cela). Ensuite, le travail sur les riffs, même s'ils ne sont pas franchement originaux, est quand même très conséquent : "Double cross" (bon démarrage), "Fire breather" et "Soul raiders" (fils spirituels d'un as de pique et d'un poing d'acier), "Wolf spirit" (simple mais superbe progression harmonique), "Roller" et "Marauders" que l'on reçoit en pleine figure. 
Un album comme je les aime, à ranger à côté des méfaits de Nitrogods (très inspirés eux aussi par Motörhead), mais avec un petit supplément d'âme du fait de ce jusqu'au boutisme et de cette synthèse d'influences que l'on ressent.

lundi 31 décembre 2018

Rose Tattoo : "Scarred for life"

Finalement, la pochette est quasiment identique à celle de l'album précédent ("Assault & battery"). Sauf qu'elle est en couleurs, et pas seulement les tatouages des boys cette fois...
Cet aspect "polychrome" de l'illustration est amusant à souligner car il reflète assez bien la substance musicale de "Scarred for life". Succédant donc à un "Assault & battery" particulièrement incisif, cru et assez linéaire, ce troisième album, sans aucun reniement de style, offre des compositions plus contrastées. 
D'ailleurs, le son lui-même a gagné en amplitude, perdant au passage la production sèche mais finalement très attachante de ce bon vieil "Assault"... Mais on se doute bien que l'épreuve du live unira l'ensemble du répertoire sous la même bannière : celle d'un hard rock australien abrasif et sentant la sueur.
Pour cela, "Scarred for life" pourra fournir une belle collection d'hymnes. En guise d'ouverture, le morceau-titre, insidieux mais très ouvert à la mélodie (même sur les couplets), et le fédérateur "We can't be beaten" (qui n'y est pas allé de sa plus belle voix de hooligan sur le refrain ?) sont là pour rappeler que les thèmes chers à Rose Tattoo sont toujours de mise : difficultés à s'insérer, marginalité, délinquance, gangs... Un peu plus loin, "Branded" ( pamphlet sur l'absence d'ascenseur social), "It's gonna work itself out" et sa slide guitar à la fête, ainsi que l'énergique "Dead set" (qui aurait tout à fait eu sa place sur "Assault") se chargeront d'alimenter plusieurs décennies de set lists endiablées. "Revenge", quant à lui, se pose en digne successeur de "The butcher and fast Eddie", à savoir un blues lent et lourd de menaces, et qui d'ailleurs explose littéralement à la fin (ce cri d'Angry Anderson...).
Au milieu de tout ça, le groupe propose quelques petites variations, en tête desquelles on placera "Sydney girls", titre semblant gorgé de soleil et qui voit les guitares se surprendre à singer une rythmique reggae. Plus traditionnel, "Who's got the cash" déploie quand même un sacré groove et peut-être un certain sens de l'humour, tandis que "Texas", avec son faux départ et son riff scandé presque caricatural, arrive à ses fins par des biais inhabituels mais très efficaces. 
"Scarred for life" : album de la maturité ? Oui, ça en a tout l'air...