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jeudi 25 mars 2021
vendredi 12 juin 2020
Immolation : "Close to a world below"
On ne change pas une équipe de death métal qui gagne...
Successeur du très réussi "Failures for gods", "Close to a world below" est toujours produit par Paul Orofino & Immolation : le gage d'un son très personnel, particulièrement grave et profond ("sourd", pourrait-on presque dire), même si ce nouvel opus donne l'impression de sonner un peu plus "clair" que son prédécesseur.
"Didn't you say Jesus was coming" annonce le message écrit à l'intérieur du boîtier (sous le CD) : au cas où l'on n'aurait pas vu la pochette, et que l'on aurait pas encore compris que Immolation perpétue sa tradition de combo profondément anti-chrétien.
Quant à la musique : riffs recroquevillés, harmoniques sifflantes ("Furthest from the truth", "Lost passion"...), multiples cassures, mesures improbables... Groupe d'habitude, Immolation se fait fort d'accomplir toujours le même exploit : laisser dans la tête de l'auditeur des lignes vocales intelligibles, alors que l'instrumentation est une marmite bouillonnante. Un vrai casse tête, qu'un titre comme "Father you're not a father" accomplit, par exemple, haut la main (là, on peut carrément parler de "refrain").
Nouveau soundtrack dédié à la barbarie des hommes, "Close to a world below" perpétue cette tradition de riffs et de rythmes pas forcément très rapides, mais évoquant une vision prégnante de légions marchant impitoyablement droit devant (on peut même les entendre ahaner dans "Furthest from the truth").
"Lost passion" est un très bon exemple des recettes employées par le groupe : dès le début, superbe marche en avant musicale (le groove est vraiment prenant, les chorus beaux et inquiétants), mais, au moment où l'on se croit installé dans un agréable confort auditif, celui-ci est impitoyablement cassé, au bout de 2 minutes, par une partie très chaotique. Puis, on retrouve le flow du départ, mais avec des variations, qui aboutissent à un riff infini chargé de clore les débats.
Tout comme "The devil I know" sur "Failures for gods", c'est d'ailleurs le riff infini de "Close to a world below" qui va refermer la porte ouverte sur les enfers par cet album, sur une baisse progressive et savamment dosée du volume. Le morceau est lourd mais il a une impitoyable dynamique, et les parties de guitare sont véritablement hantées (sûrement les meilleurs chorus de tout le disque).
Amateurs du creuset infernal de "Failures for gods", vous savez ce qu'il vous reste à faire...
mercredi 20 novembre 2019
jeudi 22 février 2018
Immolation : "Atonement"
En 2017/2018, Immolation est synonyme d'une espèce de science appliquée au death métal. Une méthode faite de riffs tordus mais tournant quand même contre toute attente (les premières mesures de "The distorting light", et bien d'autres exemples par la suite), d'harmoniques et autres sifflements incroyables (sur à peu près tous les morceaux, mais on appréciera tout particulièrement la tournerie finale de "Destructive currents"), de solis et chorus réverbérés qui hantent l'espace, semblables à la prière d'un muezzin infernal.
Le travail de Robert Vigna et Alex Bouks sur les guitares est colossal, et il faudrait bien des écoutes supplémentaires pour recenser toutes leurs trouvailles (comme cet effet de violoning lugubre en ouverture de l'écrasant "Thrown to the fire", ou ce passage soudain en son clair sur "Rise the heretics", comme pour mieux ressentir le déchaînement qu'il y avait avant et qui s'ensuivra). Sans dresser une liste d'effets qui pourrait paraître anecdotique, on dira surtout que ces guitaristes se complètent à merveille : à l'unisson, ou bien l'un maintenant la rythmique pendant que l'autre tisse des chorus du diable. Impressionnant.
Autre grand gagnant : le bassiste / chanteur Ross Dolan, qui pose des lignes vocales sur des constructions improbables, et semble mettre un point d'honneur à conférer un format "chanson" aux compositions du groupe. C'est vrai que ce death métal, pourtant très obscur, est particulièrement accessible : les titres démarrent vite, et l'auditeur d'identifier relativement facilement les couplets et refrains, sans avoir l'impression d'être perdu dans un labyrinthe.
Grâce à tous ces efforts, l'immersion dans cette bande son de la barbarie se passe comme sur des roulettes, d'autant que la production assez claire et puissante permet de percevoir chaque détail. On se souvient du son dark et étouffé des premières réalisations d'Immolation, et c'est le batteur qui doit se féliciter hautement que son kit ne sonne plus comme une boîte en carton. Cette batterie d'ailleurs fort bien mise en avant sur des compositions qui en appellent parfois au tribal : le très saccadé "Above all" et, surtout, le phénoménal "Fostering the divide" qui, sans l'apport d'un batteur de qualité, aurait pu sonner comme un pétard mouillé.
Le réenregistrement du titre "Immolation" (présent sur le premier album "Dawn of possession") est une initiative intéressante. L'essence du groupe y est bien sûr présente, mais en plus monolithique, et avec un cheminement pas toujours simple à suivre. Cette chanson pourra permettre de mesurer la progression des musiciens, et celle-ci est pour le moins impressionnante.
Le travail de Robert Vigna et Alex Bouks sur les guitares est colossal, et il faudrait bien des écoutes supplémentaires pour recenser toutes leurs trouvailles (comme cet effet de violoning lugubre en ouverture de l'écrasant "Thrown to the fire", ou ce passage soudain en son clair sur "Rise the heretics", comme pour mieux ressentir le déchaînement qu'il y avait avant et qui s'ensuivra). Sans dresser une liste d'effets qui pourrait paraître anecdotique, on dira surtout que ces guitaristes se complètent à merveille : à l'unisson, ou bien l'un maintenant la rythmique pendant que l'autre tisse des chorus du diable. Impressionnant.
Autre grand gagnant : le bassiste / chanteur Ross Dolan, qui pose des lignes vocales sur des constructions improbables, et semble mettre un point d'honneur à conférer un format "chanson" aux compositions du groupe. C'est vrai que ce death métal, pourtant très obscur, est particulièrement accessible : les titres démarrent vite, et l'auditeur d'identifier relativement facilement les couplets et refrains, sans avoir l'impression d'être perdu dans un labyrinthe.
Grâce à tous ces efforts, l'immersion dans cette bande son de la barbarie se passe comme sur des roulettes, d'autant que la production assez claire et puissante permet de percevoir chaque détail. On se souvient du son dark et étouffé des premières réalisations d'Immolation, et c'est le batteur qui doit se féliciter hautement que son kit ne sonne plus comme une boîte en carton. Cette batterie d'ailleurs fort bien mise en avant sur des compositions qui en appellent parfois au tribal : le très saccadé "Above all" et, surtout, le phénoménal "Fostering the divide" qui, sans l'apport d'un batteur de qualité, aurait pu sonner comme un pétard mouillé.
Le réenregistrement du titre "Immolation" (présent sur le premier album "Dawn of possession") est une initiative intéressante. L'essence du groupe y est bien sûr présente, mais en plus monolithique, et avec un cheminement pas toujours simple à suivre. Cette chanson pourra permettre de mesurer la progression des musiciens, et celle-ci est pour le moins impressionnante.
mercredi 27 décembre 2017
Immolation : "Failures for gods"
Non content de pouvoir figurer dans le Top 50 des plus belles pochettes du métal, ce troisième effort d'Immolation, sorti en 1999, propose un death metal autant porté sur la technique que sur l’atmosphère.
Ce qui frappe d'ailleurs, après seulement quelques secondes d'écoute, c'est cette production sourde qui, mise bout à bout avec les riffs chaotiques et la voix caverneuse du bassiste-chanteur, contribue fortement à créer une ambiance de barbarie presque étouffante. La bande son d'un moyen âge obscurantiste, sale et dangereux, ni plus ni moins. Quarante minutes de trip donc, dont le grand gagnant est l'auditeur avide de sensations dark ; le parent pauvre étant ce son de batterie sec et mal défini, aussi misérable que lorsque votre petit frère tape sur des barils de lessive en carton...
Les deux premiers morceaux ("Once ordained" et "No Jesus, no beast") sont un cas d'école. On aurait pu s'attendre à un magma sonore informe et il n'en est rien : ce sont bien des chansons à part entière avec des couplets, des ponts, des cassures et un refrain, comme celui, addictif, de "Once ordained" : "You will all be fooled, You will all be fooled, When he reveals himself, When he reveals himself, You will all be fooled, You will all be fooled, He sees within your hearts, He sees within your souls". Deux titres : deux merveilles.
Sur la partition suivante, "Failures for gods", Immolation se fait plus complexe. Voici une pièce longue, sinueuse et riche en émotions. Après une intro brillante, véritable symphonie mystique faite de guitares saturées, le riff qui soutient les premières lignes de chant est si saccadé que l'on pourrait craindre une rupture imminente (qui n'a bien sûr pas lieu). Après quatre minutes de parcours sans décrochage, un solo de basse se charge de sonner le glas et d'annoncer le refrain. Grandiose !
On poursuit avec "Unsaved", sorte de Carmina Burana électrique, particulièrement sombre et menaçant. Là encore, le format "chanson" est respecté, même si le refrain pourra sembler plus difficile à déceler que sur un "No Jesus no beast".
"God made filth" et "Stench of high heaven" ont un propos musical moins évident. Ils perpétuent bien sûr cette formidable ambiance de peste noire qui perdure depuis le départ, mais on n'en retient pas grand chose, mis à part quelques gimmicks.
Rien à voir avec le riff visionnaire qui ouvre "Your angel died". Il conditionne le reste du morceau qui, jusqu'aux guitares flangées de la fin, réclamera quand même une certaine attention du fait de ses nombreuses variations et cassures. Au passage, mention spéciale pour l'inventivité hors pair du guitariste Robert Vigna, d'ailleurs toujours fidèle au poste presque vingt ans plus tard.
Enfin, place à "The devil I know". Démarrage lent et pompeux, puis les riffs s'emballent et débouchent, on ne sait comment, à un final instrumental chargé de clore les débats, nous donnant l'impression de survoler une dernière fois, sur le dos de quelques créatures mystérieuses et majestueuses, le paysage désolé qui s'est imposé à nos yeux depuis que la touche "play" a été effleurée.
"Failures for gods" : un album de death à ranger aux côtés des plus grandes références du genre.
Ce qui frappe d'ailleurs, après seulement quelques secondes d'écoute, c'est cette production sourde qui, mise bout à bout avec les riffs chaotiques et la voix caverneuse du bassiste-chanteur, contribue fortement à créer une ambiance de barbarie presque étouffante. La bande son d'un moyen âge obscurantiste, sale et dangereux, ni plus ni moins. Quarante minutes de trip donc, dont le grand gagnant est l'auditeur avide de sensations dark ; le parent pauvre étant ce son de batterie sec et mal défini, aussi misérable que lorsque votre petit frère tape sur des barils de lessive en carton...
Les deux premiers morceaux ("Once ordained" et "No Jesus, no beast") sont un cas d'école. On aurait pu s'attendre à un magma sonore informe et il n'en est rien : ce sont bien des chansons à part entière avec des couplets, des ponts, des cassures et un refrain, comme celui, addictif, de "Once ordained" : "You will all be fooled, You will all be fooled, When he reveals himself, When he reveals himself, You will all be fooled, You will all be fooled, He sees within your hearts, He sees within your souls". Deux titres : deux merveilles.
Sur la partition suivante, "Failures for gods", Immolation se fait plus complexe. Voici une pièce longue, sinueuse et riche en émotions. Après une intro brillante, véritable symphonie mystique faite de guitares saturées, le riff qui soutient les premières lignes de chant est si saccadé que l'on pourrait craindre une rupture imminente (qui n'a bien sûr pas lieu). Après quatre minutes de parcours sans décrochage, un solo de basse se charge de sonner le glas et d'annoncer le refrain. Grandiose !
On poursuit avec "Unsaved", sorte de Carmina Burana électrique, particulièrement sombre et menaçant. Là encore, le format "chanson" est respecté, même si le refrain pourra sembler plus difficile à déceler que sur un "No Jesus no beast".
"God made filth" et "Stench of high heaven" ont un propos musical moins évident. Ils perpétuent bien sûr cette formidable ambiance de peste noire qui perdure depuis le départ, mais on n'en retient pas grand chose, mis à part quelques gimmicks.
Rien à voir avec le riff visionnaire qui ouvre "Your angel died". Il conditionne le reste du morceau qui, jusqu'aux guitares flangées de la fin, réclamera quand même une certaine attention du fait de ses nombreuses variations et cassures. Au passage, mention spéciale pour l'inventivité hors pair du guitariste Robert Vigna, d'ailleurs toujours fidèle au poste presque vingt ans plus tard.
Enfin, place à "The devil I know". Démarrage lent et pompeux, puis les riffs s'emballent et débouchent, on ne sait comment, à un final instrumental chargé de clore les débats, nous donnant l'impression de survoler une dernière fois, sur le dos de quelques créatures mystérieuses et majestueuses, le paysage désolé qui s'est imposé à nos yeux depuis que la touche "play" a été effleurée.
"Failures for gods" : un album de death à ranger aux côtés des plus grandes références du genre.
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