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samedi 18 avril 2020

Black Star Riders : "The killer instinct"

Je crois que ce deuxième album de BSR a reçu autant d'éloges que de critiques, lors de sa sortie en 2015. 
"Aucune évolution !", ont hurlé les détracteurs, allant même jusqu'à décrier la pochette "guerre du Pacifique / pin up", dans la même veine que celle du premier effort.
Musicalement, c'est sûr que le groupe fait toujours partie de la division Thin Lizzy, et cette filiation est parfois très, très voyante (les imparables twin guitars de "The killer instinct", l'héroïsme à l'Irlandaise de "Soldierstown"), parfois nettement moins, jusqu'au presque méconnaissable (la ballade "Blindsided", le gros groove de "Sex, guns & gasoline", à qui le qualificatif "funky" ne va pas vraiment - puisque c'est avant tout du hard rock - mais un peu quand même). Entre ces deux extrêmes, il y a, par exemple, le très réussi et fier "Bullet blues" (guitares à la tierce assez discrètes), le plus feutré et rampant "Charlie I gotta go" (rythmique addictive en intro), ou encore "Through the motions" : pour tous ces titres, ce sont davantage les progressions d'accords, les harmonies ou encore les lignes de chant qui placent BSR dans l'orbite de Thin Lizzy...
BSR a pourtant bel et bien franchi un palier. Mêmes recettes que sur l'album précédent, certes, mais ce "The killer instinct" est d'évidence nettement plus fluide... Pire : au terme de quelques écoutes, il ne vous lâche plus... Refrains addictifs, riffs trottant impitoyablement dans la tête... Quelques immersions plus tard, il se bonifie même, révélant petit à petit des tas de petits secrets... 
Voilà l'ADN véritable de cet album : une perle musicale, pour qui veut bien s'en saisir et faire, éventuellement, quelques minuscules concessions.
Argument ultime : le disque bonus accompagnant l'album. Majoritairement acoustique (4 titres de "The killer instinct" en version unplugged ainsi que, du même tonneau, l'inédit "Gabrielle"), il n'envoie l'électricité qu'à l'occasion de "The reckoning day" (une chute de studio intéressante, car garantie sans trace de gluten... euh de Thin Lizzy !).

jeudi 5 décembre 2019

Black Star Riders : "All hell breaks loose"

A l'origine, c'était assez simple : ce groupe, formé autour du vétéran Scott Gorham (Thin Lizzy), avec Ricky Warwick (The Almighty) au chant et une poignée de mercenaires, devait permettre à un phénix de renaître de ses cendres et s'appeler... Thin Lizzy. Mais Scott Gorham, peu avant de rentrer en studio, finit par prendre une décision raisonnable : ne pas toucher à la légende (au risque de l'altérer), rebaptiser le projet ("Black Star Riders") et, même, tenter de s'éloigner le plus possible de l'ombre musicale de Thin Lizzy.
Concernant ce dernier vœu, il est tout de suite possible d'affirmer qu'il ne s'est pas vraiment réalisé (ou alors pas totalement, loin de là). De tous les groupes en activité aujourd'hui, Black Star Riders est bel et bien le meilleur et le plus évident dépositaire de l'héritage Thin Lizzy, à quasi égalité avec les suédois de Dead Lord. 
Bien sûr, si l'on écoute uniquement "Blues ain't so bad", ce cousin éloigné du "Motorcity is burning" de MC5, on peut franchement oublier la bande à Phil Lynott. Constat similaire mais un peu plus nuancé avec "Kingdom of the lost" : pourtant très "celtique", le morceau rappelle davantage les efforts récents de Black Country Communion. On est trop dans le cliché.
Avec "All hell breaks loose" et "Bloodshot", c'est assez neutre (en somme, une personnalité propre qui commencerait à émerger), mais chaque chorus de guitare(s) ramène impitoyablement au groupe mythique qui a composé "Jailbreak". Même constat pour "Before the war" qui, en plus, est trahi par son côté héroïque. 
Et lorsque l'on aborde "Bound for glory", "Hey Judas" ou encore le très enjoué "Someday salvation" (et ses "Sha na na na..."), c'est pour nager dans un océan de guitares jumelles et de riffs saccadés qui enveloppent les mélodies de manière si caractéristique... Là, c'est du Thin Lizzy pur jus. Faites abstraction de tout cela et écoutez le menaçant "Hoodoo voodoo" : au-delà de tous ces détails harmoniques (qui sont d'ailleurs bien présents), ce sont aussi les lignes de chant qui nous ramènent au rivage (le pont juste avant le solo : incroyable de mimétisme avec les tics favoris du grand Phil).
Qu'on ne se méprenne pas sur cette démonstration : tous les titres cités ici (ou non) valent le détour. Du bon hard rock mélodique, expert et très bien interprété. Le léger problème de Black Star Riders, c'est son placement, et seule la suite de sa carrière pourra indiquer si le groupe ne fait qu'employer brillamment une bonne vieille recette, ou peut carrément se l'approprier...