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jeudi 20 janvier 2022

Mistreated : "Première intervention"

La réédition de l'album "Prohibition" de Marienthal m'avait permis de découvrir les débuts du guitariste Pat O' May. Ici, avec "Première intervention", No Remorse Records lève le voile sur la jeunesse de Bruno Ramos (Manigance, la nouvelle formation de Sortilège...). 
Pour être honnête, je n'avais jamais entendu parler de Mistreated, mais les quelques documents d'époque fournis avec le CD laissent à penser que les musiciens ont été des véritables stars locales du côté de Bagnères-de-Bigorre / La Mongie (ex région Midi-Pyrénées), et peut-être ont-ils eu leur petite notoriété dans le reste de l'Hexagone... 
Car "Première intervention" est vraiment un bon album, malheureusement handicapé par une production mal définie. Un vrai bocal. La batterie se résume à un "poum-tchak" pénible (c'est peut-être un peu voulu, années 80 oblige, mais je pense que c'est surtout beaucoup subi) ; de temps à autres, on a l'impression d'entendre des claviers façon Yamaha DX7, mais c'est très diffus (et il n'y a aucun crédit qui vient confirmer cela dans le livret). 
Heureusement, les guitares se font bien entendre, de même que le chant, et il n'y a pas à dire : ce sont de belles prestations, qui font partie des points forts du groupe. Ça et la composition des morceaux  : Bruno et François, les deux guitaristes, se partagent ce domaine clé, avec brio. Chaque chanson possède un refrain intéressant, et les structures sont bien pensées, parfois même plutôt ambitieuses : alternance arpèges / riffs sur "Exil", intro moderne et inquiétante pour "Un jour qui passe"... Ils savent aussi alterner les tempos : "Rock star" et "Fille de fer" plutôt speed, "Liberté" qui joue sur un certain balancement et un côté "hymne" à reprendre tous en choeur, "Un jour qui passe" et son côté lourd et assez dépressif... Même la balade "Sale histoire" tire son épingle du jeu (très beau refrain).
Au niveau du style, on a donc bien compris que Mistreated est un groupe "guitar oriented", assez heavy mélodique donc. En fait, le spectre est large : quelque part entre Trust et Journey (ou encore Europe) surtout lorsque les claviers fantômes (!) sont de sortie. Pour prendre deux exemples concrets : le très bon riff de "Rock to night" (probablement relevé de synthé) rappelle un peu le motif de "Fame" (oui, oui le film / comédie musicale) - donc style Hard FM - alors que celui de "Exil" semble calqué sur "Sophie" (Vulcain, sur l'album "Transition" : leur album le plus moderne, mais bon ça reste heavy, ce n'est pas non plus du AOR). Difficile de repérer exactement les influences et les intentions de Mistreated : Scorpion, peut-être aussi, serait un bon point de comparaison pour les définir...
"Première intervention" est sorti en 1988 et, fidèles à leur réputation de générosité, les gars de No Remorse Records ont livré cette réédition avec tout plein de bonus : 2 titres d'un single de 1984, 6 titres d'une démo de 1986. La mise en son de l'album, on l'a déjà dit, n'étant pas terrible, on imagine bien que tous ces tracks en plus ne sonnent vraiment pas du feu du dieu : à écouter pour l'intérêt historique et apprécier l'évolution de quelques chansons ("Liberté", "Fille de fer", "Rock star"), mais à réserver surtout à ceux qui ont suivi le groupe et ont possédé ces supports.




 

vendredi 29 janvier 2021

Vulcain : "Studio albums 1984-2013"

Un coffret pas très cher et surtout essentiel pour se délecter de tous les albums studio de Vulcain (excepté "Vinyle", le tout dernier paru en 2018).
Il faut dire que certains (beaucoup) étaient devenus introuvables ("Transition", "Big bang", "Vulcain", "Stoppe la machine"...), le groupe ayant beaucoup changé de labels et autres maisons de disques durant sa longue carrière. 
Les trois premiers albums studio ("Rock n' roll secours", "Desperado" et "Big brothers") avaient déjà bénéficié d'un petit coffret réédition en 2010 chez XIII Bis Records.
Pour les albums live ("Live force", "Atomic live" et "En revenant"), il faudra donc patienter encore...
A noter : les titres du EP "La dame de fer" sont inclus en bonus dans la track list du CD consacré à l'album "Rock n' roll secours".



 

lundi 21 décembre 2020

Hitchhike : "Téquila!"

Quelle surprise et quel plaisir de retrouver cette "masterpiece" issue de la scène métal Lyonnaise... C'est en 1988 que Hitchhike a publié ce mini LP autoproduit intitulé "Téquila!"... Peut-être même avez-vous encore le 33T original avec le problème d'impression collector sur la pochette (tous les éléments en couleur apparaissaient alors dans des tons rosâtres) ? Ou tout simplement en gardez-vous le souvenir, mais sans grand espoir de remettre un jour la main sur cette pépite ?!
Eh bien c'est chose faite. Quelques tours de CD pour retrouver les sensations de l'époque : en cette fin d'années 80, Hitchhike était un groupe qui franchissait les frontières du simple heavy métal. On peut dire que ça commençait à dépoter, que ça désossait pas mal (cf. les nombreux ossements de l'illustration ?)... Oh, rien de très violent, mais une approche tendant vers la modernité, très basée sur les riffs, ainsi qu'une manière assez originale de poser des lignes vocales dessus (autant en profiter, ils ont alors un chanteur qui a du coffre : Gilles Tess). Sans vouloir spoiler la personnalité de Hitchhike, on peut dire, en guise d'indication, que le jeune Megadeth est un peu en ligne de mire de cette musique (notamment, quelques solos aux intonations très Chris Poland : "Down by the hammer" et surtout "Nuclear's love"). En même temps, on peut aussi penser aux collègues français d'ADX en savourant le speed "Hitchhike" et le petit clin d'oeil latino rigolo à la fin de "Tequila" ; tandis que le riff-galop de "Nuclear's love" et quelques chorus rappelleront furtivement Maiden... En tout cas, il n'y a rien à jeter sur ce mini LP de très bonne tenue ; aussi, continuons à célébrer les Attentat Rock, les Warning, les Blasphème, les Sortilège... mais, de grâce, n'oublions plus de citer Hitchhike à leurs côtés.
Qui dit réédition No Remorse dit bonus tracks et, ici, nous avons droit à la démo "Steel wheels" de 1990. Très intéressant enregistrement, qui jette d'ailleurs un éclairage plus précis sur les influences de Hitchhike. Sur "Steel wheels", le groupe a changé de chanteur : le nouveau vocaliste, William "Wils" Desarsens, est moins lyrique, plus rauque. En même temps, il est raccord avec une musique qui a perdu ses ors heavy métal pour se tourner vers un thrash affirmé, avec un son plutôt compressé (exit la flamboyance). Ainsi, on croisera Metallica à l'occasion du refrain de "Gave it all" (forte ressemblance avec celui de "Whiplash"), des harmonies inquiétantes du très réussi "Please" (au départ, on pense à "Welcome home (Sanitarium)", mais le développement est différent, puisque l'on aboutit même à un superbe solo d'harmonica), de l'instrumental atmosphérique à la basse ayant pour nom "Call of Mars" ("Orion" ? "Anesthesia" ?). Sur les autres titres, les riffs s'enchevêtrent comme des ronces musicales : la fièvre d'Exodus n'est pas bien loin.



dimanche 15 novembre 2020

Marienthal : "Prohibition"

 
En rééditant "Prohibition", le label No Remorse a mis fin à plus de 30 ans de traque et d'achat de cet album à des tarifs... prohibitifs ! (jeu de mots)
Pressé en 1985 à 500 exemplaires, "Prohibition" est considéré comme un des meilleurs disques autoproduits du hard français. Les auteurs : Marienthal, un groupe de Rouen qui, notamment, comptait dans ses rangs le guitariste / chanteur Patrick Maineult (par la suite plus connu sous le pseudo Pat O'May).
C'est vrai que ce "petit album" (30 minutes) chanté en anglais est bon et attachant. Du hard / heavy mélodique, classe, dont les nombreuses guitares à la tierce conduisent un peu vers l'esprit de Thin Lizzy (particulièrement présent sur le titre "Dickies riot"). Et on n'oublie pas d'être efficace en balançant des chansons légèrement plus teintées "garage rock" ("Open your legs", "Fuckin' car waltz"), qui ratissent au niveau local : les collègues Rouennais fougueux des Dogs, ou encore le voisin énervé du Havre, Little Bob Story.
Jamais avares en bonus tracks, No remorse fournit aussi les 2 titres du 45T "Marienthal" de 1983, plus deux autres chansons enregistrées lors de la même session, mais finalement non retenues. Avec "Marienthal" et "Danger", nous sommes encore loin du hard bien fondé de "Prohibition" : Patrick Maineult se cherche en tant que chanteur et les deux compositions donnent dans un rock progressif / psychédélique assez maladroit et mou ("comédie musicale" sont les termes qui peuvent venir à l'esprit en écoutant ça). Dommage, d'autant que les morceaux écartés étaient beaucoup plus frondeurs : "Refuge" (longue plage solo instrumentale à la fin) et surtout "Cabale" (du pré-"Prohibition" de bonne facture). 
Mais surtout, restez bien jusqu'au bout pour le titre "Voyage" (1984), proposé ici en version démo inédite, et dont une prise live figurait sur la compilation "Rock à Rouen". Franchement, Marienthal aurait vraiment pu percer avec cette chanson drivée, belle et aérienne, totalement dans les standards des tubes rock français de l'époque (Les Innocents, Les Ablettes...).


samedi 31 octobre 2020

Psychose : "Ta destruction"

Psychose fait partie de ces quelques groupes qui ont réussi à propulser le métal Français vers les années 90. Ils faut notamment se souvenir qu'ils ont fait partie de la "fameuse" compilation Metal Rock (volet "Thrash & speed"), aux côtés de pointures internationales (Annihilator, Coroner, Sepultura, Dark Angel...) et de compatriotes souvent en mutation (ADX et son album en anglais "Weird visions", Loudblast venant tout juste d'enregistrer "Disincarnate" à Tampa), n'hésitant pas à taper dans le power heavy classe (Anoxie), le death (No Return, Loudblast), voire le hardcore (Hoax)... Et donc Psychose, avec son titre "Apartheid", fièrement extrait de son premier album "Ta destruction" (1991).

Alors, qu'en est-il de cette bande de copains originaires d'un village de l'Ardèche ? Etaient-ils vraiment si "thrash & speed" que ça ? Ok, un poil de vitesse sur "Enfants martyrs"... Et en ce qui concerne l'aspect thrash, c'est clair qu'ils transcendaient souvent les limites strictes du heavy. Le "drive" d'un Metallica ou d'un Megadeth ("Au nom de dieu le père"), le groove d'un Anthrax et ses chœurs de hooligans ("Seul", "Ta destruction), les riffs tournoyants d'un Coroner ("Le voisin", "Ta destruction"). Egalement, de Metallica, les plages instrumentales lentes avec basse et arpèges (l'intro de "Le voisin", la transition centrale de "Au nom de dieu le père") ; de Megadeth, cette manière, à la "Hangar 18", de placer des micro solos de guitare entre les passages chantés (la fin de "Le voisin"). Mais avec le raisonnable "Horizons limités", on lorgnerait plus vers Maiden (de même que le long passage central instrumental de "Jérémy Clod" emprunte à Steve Harris au moins la structure de ses titres épiques). Au final, inutile de retenir toutes ces références, puisque la meilleure chose que l'on pourrait dire sur Psychose est qu'ils avaient vraiment leur personnalité propre : des riffs intelligents voire étonnants, des refrains modernes et inoubliables ("Seul", "Ta destruction", "Jérémy Clod", "Apartheid", "Enfants martyrs", "Horizons limités"), portés par un chant clair franc et sans fioritures. Ce qui n'empêchera pas le groupe de splitter peu après... Quel gâchis...

Grâce à cette réédition, on peut donc retrouver Psychose dont les membres, comme nous l'explique la bio fournie dans le livret, étaient passés en l'espace de quelques années du statut de grands débutants à un niveau carrément bluffant. L'album "Ta destruction" aurait bien pu se suffire à lui-même vu sa qualité, mais nous avons droit, pour prolonger l'expérience, à quelques bonus tracks : le single "Ni foi ni loi" et la démo "Le combat des chefs" avec le batteur Rémi Allibert au chant (ce qui donne un Psychose un plus roots, voire légèrement punk dans l'esprit) ; la démo "Liberté" marquant l'arrivée du vocaliste Nicolas Fréchet, sur laquelle on entend le groupe évoluer, se positionner (au passage, une version brute de "Jérémy Clod" mais dans laquelle tous les éléments sont bien en place).



 

jeudi 6 août 2020

Voie de Fait : "Ange ou démon"

Attentat Rock, Fisc, Trust, et ici Voie de Fait : amusants ces noms de groupes français avec une connotation juridique ou capitaliste. Droit pénal, droit des affaires, droit financier... : on le sait, les travers de la société étaient déjà une source d'inspiration dans les années 80.
Fort de son unique album "Ange ou démon", Voie de Fait n'a donc pas dérogé à certaines règles ancrées dans le hard frenchy de l'époque... Avec d'ailleurs un talent certain. 
Il paraît qu'à sa fondation, le groupe était fortement influencé par Ted Nugent. C'est vrai que l'on peut entendre quelques traces de l'écoute prolongée de l'Oncle Ted dans le fameux titre d'ouverture "Pas plus de seize ans", celui-là même que le groupe a interprété fièrement à la télévision française (vidéo disponible sur YouTube). Mais lorsque l'on parcourt cet "Ange ou démon", on peut aussi entendre du jeune Maiden ("Non coupable", et surtout le superbe morceau-titre, avec toute sa théâtralité, sa rupture tragique), du Judas Priest ("Paris Business", "Amnésie" avec son break / solo très caractéristique) et... du Trust. C'est d'autant plus vrai que Voie de Fait produit des textes sociaux assez vindicatifs. Alors, lorsque la musique se fait un peu plus hard rock ("Préjugés", "Images", "Qu'est-ce que je fous là" et son riff / lick lorgnant vers "Antisocial" ou encore "Mr Comédie"), on pense immanquablement à la bande à Bernie et Nono. 
Cela n'empêche pas "Ange ou démon" d'être un classique du genre, bien peu ridé pour un disque datant de 1982. D'ailleurs, Voie de Fait sonnera, quoi qu'il arrive, différemment et toujours plus heavy qu'un Trust, notamment du fait de la voix de son chanteur : le sujet qui fâche (ou qui peut fâcher)... A l'époque, pour espérer sonner métal, il fallait un vocaliste puissant et montant aisément dans les aigus. Le moins que l'on puisse dire est que Voie de Fait avait recruté le bon candidat en la personne de Lounas Ourrad ! Cahier des charges presque trop rempli, les performances de Lounas étant quasiment excessives, au point de rendre la diction périlleuse (certains mots, certaines phrases deviennent méconnaissables, ce qui peut plaire à ceux qui n'aiment pas trop les textes en français). Question de goût : on n'aimera ou on rejettera ce timbre très haut perché ; on le trouvera beau ou carrément agaçant... Reste à admettre que, en plus de l'excellent travail des deux guitaristes et de la qualité des compositions, Lounas Ourrad a fortement (et forcément) participé à forger la personnalité de Voie de Fait.
Merci à No Remorse pour cette réédition : le bon son du vieux métal français à portée de toutes les oreilles et toutes les bourses.


lundi 13 juillet 2020

Ponce Pilate : "Les enfants du cimetière"

Si l'on vous demande, un jour, de sortir le disque le plus étrange, obscur, confidentiel de votre satanée collection, n'hésitez donc pas à exhiber celui-ci...
Oeuvre unique d'un duo (Christian Dussuchal & Yann Parpeix) originaire de la région Centre (Tours / Blois), "Les enfants du cimetière" (1985) se caractérise avant tout par son incroyable degré d'aboutissement, surtout lorsque l'on apprend que tout a été réalisé à compte d'auteur et autoproduit : de l'enregistrement au pressage (500 exemplaires), en passant par la conception de la pochette. Le mensuel "Metal Attack" et quelques radios locales apportent leur soutien au projet, et les disques s'écoulent petit à petit. Aidés par des musiciens additionnels, le duo tente même une participation au Printemps de Bourges, mais Ponce Pilate est finalement écarté des sélections finales, au profit d'un groupe de hard rock plus "conventionnel". Quelques mois plus tard, Christian Dussuchal quitte le navire. L'aventure est terminée.
"Rock païen", rock progressif, hard rock mélodique, traces de métal : la musique de Ponce Pilate est atypique, pas facile à définir. Yann Parpeix, véritable homme orchestre (chant, guitare, batterie, claviers), n'hésite pas à injecter pas mal de synthé et de piano dans l'instrumentation. En fait, les claviers, lorsqu'ils sont présents, ne sont pas de simples décors de fond de mixage : ce sont alors des forces motrices, à égalité avec les guitares, voire carrément mis en avant parfois. 
Alors, on flotte au gré de ces mélodies fort bien ficelées, depuis un "Violence et faits divers" porté par un texte assez "social" et des intonations vindicatives qui rappellent les aspérités de Trust (tout juste atténuées par un délicieux piano bastringue), jusqu'à "La vierge de fer" dont le titre autant que certains passages, basse et guitares toutes voiles dehors, se rapprochent vraiment de Iron Maiden (période "Running free", de toute évidence). Entre temps, on se dit que le lent et ésotérique "Isthar, Vandemm et Gosthal" irait comme un gant au groupe de métal Misanthrope (en guise de reprise), tandis que "Les cloches de l'enfer" (rien à voir avec AC/DC) ou encore "Morphine queen" se la jouent power ballades. Et puis, il y a les morceaux assez sophistiqués dans lesquels le piano est de sortie (le discret "Imagines" et son chorus de guitares jumelles, l'hymne "Ponce Pilate" et sa narration, le provocateur "Les anges de Balthazar" et ses bruitages de plaisir féminin). Là, on pense à Queen, à Savatage, à Uriah Heep... ; bref, à tous ces groupes qui sont allés plus loin que le simple hard rock de base. 
Les textes sont plutôt sombres, mais n'échappent pas, parfois, à une certaine naïveté, voire une voyante  redondance (l'expression "mon corps" qui hante à en avoir mal au coeur "Les anges de Balthazar"). Ce qui est sûr, c'est qu'ils racontent des histoires, des vraies, comme dans ces comédies musicales qui ont si bien égayé la variété française depuis les années 70... Une impression suscitée peut-être involontairement (encore qu'il m'est arrivé de rencontrer d'authentiques métalleux qui se pâmaient à l'écoute de Starmania)... Si l'opportunité d'un deuxième album s'était présentée, Ponce Pilate aurait peut-être gagné à durcir le ton, histoire d'échapper aux vilaines paillettes du samedi soir chez Drucker. Halte aux malentendus.
Une fois de plus, un grand merci aux initiateurs de cette réédition : Christophe Bailet et No Remorse Records. Superbe initiative que de porter à notre connaissance et à nos oreilles cette pièce de choix : l'un des meilleurs albums de rock progressif français ! Comme d'habitude, il y a des bonus tracks issus d'une démo de 1981 : "Elle baise" (superbe faute de goût textuelle autant que musicale, définitivement dézinguée par une voix de tête totalement inappropriée), "Métamorphoses" (qui, comme "Violence et faits divers", rappelle l'univers de Trust), et une version plus simple de "Ponce Pilate" (sans l'intro narrative).

samedi 30 mai 2020

Highland Queen

Highland Queen était un groupe de métal basé près de Lille (nord de la France). 
Ils ont été très actifs de 1983 à 1985 : nombreux concerts, dont des premières parties prestigieuses (Twisted Sister, Sortilège, Tokyo Blade, Stocks) ; quelques enregistrements (un par an, pour résumer).
Une carrière prometteuse, mais éclair, comme de nombreuses formations françaises de cette époque, oeuvrant dans le même style. Du talent, de la volonté, un concept et une orientation musicale, dans un pays malheureusement pas assez réceptif... Manque de promotion, manque de soutien... On connaît.
Merci donc à No Remorse Records pour cette belle réédition, parue en 2018. Comme d'habitude, le label grec (aidé par Christophe Bailet, grand collectionneur de hard français) a fait un gros travail d'archéologie, de mémoire et de réhabilitation. 
Highland Queen, ou comment célébrer ceux qui, d'une certaine manière et bien des années avant, ont ouvert la voie à une formation telle que Blackrain.
Au fil de ce CD compilation, on découvre l'évolution du groupe Lillois : entre le premier 45T encore balbutiant (surtout au niveau du son) de 1983, où les influences Judas Priest et NWOBHM semblent assez évidentes, jusqu'au mini LP très abouti de 1985 dans lequel on sent une orientation plus américaine et plus "festive" (style Van Halen, Mötley Crüe, Twisted Sister ; même si le speedé "Get out" peut aussi faire penser à Accept ou aux titres rapides du Priest). Entre ces deux jalons, on a droit à la démo convaincante de 1984, à l'approche forcément "transitionnelle" ou encore préparatoire. Par contre, "Live wire" (reprise de Mötley Crüe) et "Highway to the top", enregistrés live à Wattrelos en 1985, ne font hélas pas partie de la liste, alors qu'ils apparaissaient sur une précédente réédition (qui ne comportait pas la démo de 1984...). 
Malgré ses titres et ses textes en anglais assez "basiques", le mini LP aurait dû être une porte d'entrée vers un succès croissant et d'autres parutions. La musique n'est pas d'une grande originalité, mais tout est calé, pensé, en place. L'interprétation et l'enregistrement sont de qualité professionnelle. Le chanteur, Patrick Zamparini, a trouvé sa voix, délaissant majoritairement le timbre aigu pour aller vers quelque chose de plus "middle", en injectant exactement ce qu'il faut de classe, de fun et d'agressivité.  
Le sort, on l'a déjà évoqué, en a décidé autrement, précipitant Highland Queen vers le split abrupt et définitif. 
Aujourd'hui, à travers ces enregistrements redevenus disponibles, ils sont en quelque sorte "back from the past", alors profitons-en, aussi bien pour rafraîchir nos souvenirs que pour rattraper notre retard.

lundi 6 avril 2020

ADX : "Execution"

Paru en 1985, au milieu de cette décennie-pépinière du métal français, ce premier album d'ADX a su séduire les fans, à défaut (bizarrement) de plaire à une partie de la critique de l'époque...
Empruntant le meilleur d'Iron Maiden, de Judas Priest, ainsi que les travaux récents d'une jeune clique assoiffée d'énergie (Metallica, Exciter...), ADX s'est dévoilé avec une production plus qu'honorable, ainsi qu'une cohérence et une personnalité déjà bien affirmée. Pour mieux la comprendre, petit zoom sur le terme "ADX" qui signifie, en métallurgie, "acier doux" : en somme, l'alliance idéale entre le vrai métal et une certaine subtilité. C'est pourquoi le groupe a offert aux auditeurs de poser des mélodies sur du speed métal (la grosse sensation du moment), forts d'une paire de guitaristes inspirés (Bétov et Marquis), d'un talent certain pour la composition, et d'un chanteur (Phil) à la voix idéalement haut perchée et agressive en même temps. A cela, nous rajouterons cette guillotine, qui deviendra le "Eddie" d'ADX !
"Execution" (l'album) propose un track listing pas très compliqué : 8 titres seulement, délimités astucieusement par deux hymnes speed ("Déesse du crime" en intro, et le bestial "Caligula" - à hurler tous ensemble - en guise de conclusion ; incontournables des concerts du groupe 30 ans plus tard). Tout aussi indispensables, "Prisonnier de la nuit" et "L'étranger" (quels refrains !) s'imposent également, mais dans des formats moins linéaires, moins rapides et plus évolutifs (à ce titre-là, la structure de "L'étranger" est tout simplement remarquable). Pour clôturer la face A, rien de tel qu'un instrumental ("Execution") : pas très facile à retenir, mais construit de manière à évoquer les différentes phases d'une exécution, en employant de nombreux procédés musicaux (tambours militaires, arpèges, riffs, chorus, bruitages...).
Sur la face B, mis à part "Caligula" déjà évoqué ci-dessus, c'est "Prière de Satan" qui attire l'attention, avec une qualité de composition bluffante : l'introduction inquiétante et puissante, le riff principal brillant et moteur, la partie centrale plus apaisée (à la Metallica, lorsqu'ils lèvent le pied), les paroles... C'est du grand ADX... Comparativement, "Le fléau de dieu" et "Vampire" marquent un peu le pas. Moins inventifs que leurs consorts, ils n'en restent pas moins intéressants, d'autant qu'ils laissent assez bien apparaître l'influence Maiden : plutôt épique période "Piece of mind", avec de nombreux breaks et chorus, pour "Le fléau de dieu" ; plutôt dans l'esprit "2 minutes to midnight" (un poil plus rapide) pour "Vampire".
Excellent disque : l'une des pierres angulaires du métal français...

samedi 18 janvier 2020

Presumption

Paru en 2017 et publié "physiquement" sur son propre label (Sleeping Church), voici, après plusieurs EP,  le premier album de Presumption, groupe français de doom métal... Un véritable album : la passion, le pas en avant conséquent et courageux, dans un pays où cette branche très particulière du heavy n'a jamais vraiment essaimé ni fait recette (quelques noms nous viennent quand même à l'esprit, certains hélas disparus ou mis en sommeil : Northwinds, Ataraxie, Rising Dust, Monolithe, Barabbas, Father Merrin...). On le sait : en matière de doom, énumérer des groupes c'est entrer dans autant d'approches différentes du style, certaines plus ou moins lyriques, modernes, traditionnelles, lourdes, expérimentales, mâtinées de death ou même de black... Et j'en oublie !
Chez Presumption, on respecte les grands anciens : Black Sabbath (l’atmosphère cosmique de "Sand witch" et sa progression vers la puissance) , Trouble, St Vitus (les courts instrumentaux "Midnight suffering" et "Nomen est omen"). On respecte le True doom, mais l'on n'oublie pas d'inclure des éléments inattendus (le final totalement black métal de "Deadly barrels", les vocaux hardcore de "Presumption" sur une base pourtant des plus doomy, le côté tribal et chamanique à la Caronte de "Dr Satan").
Autre pan, fondamental : chez Presumption, on voue un culte à Cathedral. Lorsque, après quelques mesures bien funèbres, "Pale blue horses" prend de la vitesse, c'est toute l'ère "Carnival bizarre" ou encore "Supernatural birth machine" qui vous saute à la figure (on pense à "Hopkins", à "Urko's conquest"...). Toujours sur l'autel dédié aux doomsters de Coventry : un petit clin d’œil à "Equilibrium" à la fin de "Presumption", les samples de "Red death" et, surtout, son sublime final mortifère à la "Reaching happiness, touching pain" (ici, c'est un violon aigre qui n'en finit plus de survoler les marécages).  
Mention spéciale à la production (impeccable) et à la prestation du bassiste / chanteur à la robe de bure, Moot : sorte de Julien Truchan du doom, il maîtrise au moins quatre types de voix différents, de la plus mélodique à la plus extrême (tour de force démontrant d'ailleurs la variété des ambiances proposées).
Un excellent album, l'un des meilleurs parus sous la bannière très confidentielle du french doom métal.
A soutenir absolument !


dimanche 8 décembre 2019

Doom or be doomed : a french tribute to Cathedral

Une gestation longue durée (plus de 3 ans) pour un produit franchement exceptionnel. 
Doomsters convaincus, ou simples amateurs de heavy, on a presque tous dans le cœur un morceau, un album, un visuel de Cathedral... Sans compter cette piqûre d'épine mal cicatrisée qui a découlé de l'arrêt des activités du groupe...
Cathedral : le groupe qui a ouvert le doom vers d'autres horizons, beaucoup plus mortifères et torturés que ce que proposaient les classiques Black Sabbath, Saint Vitus, Candlemass...
Une influence tellement forte qu'en 2019, douze groupes français reprennent douze titres du maître, pour un hommage en forme de messe noire inespérée. 
Certes, la répartition est un peu bancale (*), mais elle vient des tripes : "Forest of equilibrium" se taille logiquement la part du lion (le disque parfait, l'inoubliable baffe), "The ethereal mirror" le suit (d'assez loin), et certains albums ne sont pas représentés du tout (il paraît que Lee Dorrian, consulté sur le projet, a légèrement tiqué en constatant qu'aucune chanson du légendaire "The carnival bizarre" n'avait été choisie). 
Mais ne crachons dans la soupe, d'autant que celle-ci est vraiment fameuse. D'ailleurs, c'est bien simple : aucune des reprises ici présentes n'est ratée !
On peut, par contre, les catégoriser, histoire d'y voir plus clair dans les méandres de ce double album.
Il y a celles que l'on qualifiera de "respectueuses de l'original" : au hasard, "Mourning of a new day" (reprise par Pillars, en configuration live dans le studio), "Ebony tears" (par Goat River), "Equilibrium" (par Presumption : pas de modification mais une interprétation impériale), "Voodoo fire" (par Northwinds, qui a bien gardé l'esprit vaudou du morceau, modifiant juste le sample de film d'horreur servant de transition centrale), "Congregation of sorcerers" (par Father Merrin, à qui cette compo bien lourde va comme un gant).
On entre ensuite dans le registre des modifications. 
Misanthrope a traduit le texte de "Soul sacrifice" en français ("Le sacrifice de l'âme") et a achevé de s'approprier la chanson, l'emmenant, pourtant sans mutation structurelle, se balader à la frontière des territoires thrash, grâce à leur son typique et très heavy. 
Autre remarquable traduction dans la langue de Molière, celle de Barabbas, pour qui "Ride" est devenu "La cathédrale de la sainte rédemption". Non contents de la faire entrer dans leur univers, ils ont aussi revu son organisation, notamment en ce qui concerne les premières mesures. Chez Dionysiaque, c'est la fin de "This body, thy tomb" qui a été retravaillée, en format beaucoup plus court et speed que l'originale (au passage, excellente idée de se replonger dans le "testament" de Cathedral, puisque tout dernier titre de son tout dernier album). Après l' accélération, place au ralentissement : Conviction reprend le haut en couleurs "Stained glass horizon" en diminuant drastiquement le BPM, et la chanson pénètre dans une autre dimension, gagnant au passage une majesté insoupçonnée.
On passe maintenant aux arrangements. Ceux de Lux Incerta, dont les claviers, parfois discrets, parfois héroïques, apportent une valeur ajoutée au toujours très doom "Serpent eve". Encore plus loin, les doomsters modernes de Monolithe propulsent "Enter the worms" dans l'espace ("Enter the worm(hole)s"), à coups de nappes synthétiques somptueuses et en lui conférant un groove et une dynamique absolument imparables.
On garde bien sûr le meilleur pour la fin... C'est le travail d'Ataraxie, qui s'est attaqué au monumental "Reaching happiness, touching pain" en remplaçant la flûte traversière originelle par un saxophone free jazz, pour un résultat respectueux et époustouflant à la fois...
Bravo !


* La liste des morceaux de la compile, classés par EP et albums d'origine :
- In Memorium EP : "Mourning of a new day", "Ebony tears"
- Forest of equilibrium : "Ebony tears", Serpent eve", "Soul sacrifice", "Equilibrium", "Reaching happiness, touching pain"
- The ethereal mirror : "Ride", "Enter the worms"
- Statik majik EP / Cosmic requiem EP
- The carnival bizarre
- Supernatural birth machine : "Stained glass horizon"
- Caravan beyond redemption : "Voodoo fire"
- Endtyme
- The VIIth coming : "Congregation of sorcerers"
- The garden of unearthly delights
- The guessing game
- The last spire : "This body, thy tomb"

jeudi 24 octobre 2019

Venin : "La morsure du temps"

Il y a Venom, mais il y a aussi Venin ! Et, quitte à surprendre jusqu'au bout, ce groupe originaire de Marseille (France) est sorti de l'ombre en 1982, soit peu de temps après - voire simultanément - les emblématiques "Welcome to hell" et "Black metal". Mais bon, arrêtez deux minutes de saliver, car musicalement le heavy rock de Venin n'avait - et n'a toujours - rien à voir avec le proto black metal punkisant des diablotins de Newcastle (Venom, donc)...
Et comme de nombreux combos de heavy rock français des années 80, Venin a connu une carrière éphémère : une démo, donc, en 1982, une autre plus conséquente en 1984 et un mini album 4 titres en 1986 (un maxi 45 tours, pour être précis)... Et le groupe se sépare dans la foulée, non sans avoir écumé les scènes locales pendant ses quelques années d'existence.
Mais en 2014, ça recommence à chauffer puisqu'un label spécialisé (Cameleon Records) réédite 400 copies du mini LP de 1984. En 2015, c'est un autre label tout aussi pointu et passionné (Mémoire Neuve) qui presse 500 exemplaires de la démo 7 titres de 1984 ; tandis que, dans la foulée, Cameleon Records en profite pour tout rééditer (la démo + le mini LP) en une seule compilation CD (1 000 exemplaires). Les astres s'alignent, et le groupe, certainement bien émoustillé par le petit buzz qui se crée autour de son nom, se reforme autour de trois membres historiques (seul le batteur est remplacé).
Une belle histoire, et surtout, en 2018, un aboutissement : le premier album dont le groupe a toujours rêvé, le voici enfin... 
"La morsure du temps" (c'est son titre) est très affûté, sans temps mort, cohérent. La plupart des titres semblent même reliés par un thème commun : le temps qui passe, la nostalgie, les souvenirs... Ce doit être des chansons récentes, car nous savons que Venin a aussi "recyclé" des compositions d'époque restées inédites ("Trafiquant de rock", par exemple). Les textes dans la langue de Molière participent au charme du produit. Comme chez pas mal d'autres groupes de heavy originaires de ce beau pays, ils sont assez "premier degré", mais plutôt dans la moyenne haute (cf. le jeu de mots "La raison du plus fou"), évitant ainsi de plonger dans le cliché, voire la niaiserie. Et puis, le chant vindicatif et sûr de Jean-Marc Battini se charge d'emballer le tout : dénué d'inutiles montées dans les aigus, son timbre clair, puissant et virile enfonce les clous, trace la route, gomme les aspérités.
Il faut dire que l'une des grandes forces de ce disque, ce sont les refrains, aucun n'étant dispensable. Un gros travail sur les chœurs est également à signaler : c'est dire à quel point les lignes vocales sont choyées chez Venin.
Quelques riffs mémorables se chargent d'asseoir le tout : "La morsure du temps", "La faute aux souvenirs" (qui bascule d'ailleurs sans complexe vers un heavy metal à la Priest, avec un duel de guitares très convaincant), "La raison du plus fou"... pour ne citer que les meilleurs ! Quelques chorus mélodiques sont aussi de la partie : les introductions de "Guet-apens" et de "L'instant", les courtes transitions dans "Les tourments", le final de "Souviens-toi de moi" (power ballade démarrant assez mollement, mais avec une montée en puissance cohérente, débouchant sur des chœurs de stadium puissants et inattendus).  
On finira avec un tout petit mot sur la production : impeccable !
Superbe album, inespéré,  pour tous les passionnés du genre, et qui saura vous faire de l'usage...


dimanche 20 octobre 2019

Vulcain : "Compilaction"

En ces temps de réédition du catalogue - devenu difficilement trouvable - de Vulcain (cf. le coffret "Studio albums 1984 - 2013" paru il y a quelques jours chez Season of Mist), penchons-nous un instant sur cette compilation de 1997 (due, à l'époque, au valeureux label XIII Bis Records, prompts eux aussi à rerendre disponible ce qui a disparu des bacs depuis belle lurette).
Sous son emballage un peu tristounet, et son livret réduit comme une peau de chagrin, "Compilaction" abat un boulot phénoménal : le meilleur de Vulcain, inaltérables forgerons français du heavy, de la période speed à la Motörhead des débuts (1984 : l'album "Rock n' roll secours") jusqu'au gros rock assez lisse et sophistiqué de "Big bang" (1992). 
Et pour le coup, chaque album est représenté, y compris l'EP "La dame de fer" de 1985 et le disque enregistré en public "Live force" de 1987 (une version culte et enfiévrée de "La digue du cul"). De façon prévisible et logique, "Rock n' roll secours" et son successeur "Desperados" se taillent la part du lion (4 hymnes incontournables pour chacun), suivis de près par "Transition" et "Big bang" (3 titres chacun, de fort bonne facture d'ailleurs). 
Seul le troisième album, "Big brothers", ne fait pas vraiment le plein : ici, il n'y a guère que le tube "Soviet suprême" (à l'inoubliable texte) pour sauver les meubles. Certes, entre rock, speed, balade, chanson paillarde et j'en passe, le disque se voulait assez éclectique et ouvert, mais franchement les très efficaces "Kadhafi", "Faire du rock", "Grand prix", "Les plaisirs solitaires" ou même "22" auraient pu faire bonne figure, ne rompant aucun cas avec la tradition musicale du groupe... Dommage.
Sans doute trop récent, nous ne trouvons aucun titre de l'album éponyme de 1994 (qui a vu le gang se transformer en power trio et durcir le ton, avec une production sèche et assez compressée) si ce n'est la présence de deux inédits du même millésime ("D.D.H - Les droits de l'homme" et "S.O.S"), chutes de studio ou démos bien avancées probablement issues de ces sessions, mais sur lesquelles aucune information n'est disponible. Le "Atomic live" de 1996 n'est pas représenté non plus.


dimanche 5 mai 2019

Désillusion : "Metal influences" in Rock Hard

Désillusion et son album "Metal influences" ont eu les honneurs du mensuel Rock Hard (n°155 - juin 2015), dans la rubrique "De plus en plus net...".

mardi 12 mars 2019

Désillusion : "Metal influences"

Cela fait un petit moment que j'avais envie de parler de ce disque, l'une des plus convaincantes sorties du label Emanes Metal Records...
Groupe français basé en Normandie, Désillusion nous offre une pièce de choix avec ce "Metal influences" : production moderne et bien mise en son, musiciens aguerris, beau travail de composition. 
De façon basique, le heavy metal de Désillusion se situerait à la croisée des chemins entre Stratovarius, Helloween, Judas Priest, ou encore Rhapsody (mais sans les claviers et la dimension symphonique). Le propos est parfois speed mais pas toujours, le groupe sachant parfaitement varier les plaisirs. En toute honnêteté, on pense aussi beaucoup à Manigance une fois le CD inséré dans la platine (nul doute que les fans de ce groupe trouveront leur compte en écoutant "Metal influences"). La comparaison se fait aussi bien musicalement que textuellement mais c'est notamment là que le charme opère : au niveau de ces paroles en français, totalement dénuées de second degré et qui abordent des grands thèmes sociétaux ou historiques... C'est parfois "clichesque" ou même naïf (à chacun de se faire son opinion) mais c'est avant tout un délicieux héritage de la tradition du "french heavy metal" (les connaisseurs apprécieront) ! Même "Metal infuences" (le morceau titre), sur lequel le groupe nous fait sa profession de foi heavy metal à la Manowar, ne déroge pas à la règle : les métalleux sont envisagés sous un angle aussi bien passionnel que sociologique.
L'album défile et notre cœur bat très vite au rythme des véritables hymnes que sont "Serial killer", "Le poing levé",  "Metal influences", "Voyageur d'outre-tombe", "Etat d'âmes", "La bête du Gévaudan". Par contre, les power ballades ("Ultime rémission" et "Illusions perdues") sont un peu moins réussies, cédant un peu trop à une certaine sensiblerie au niveau des textes, de même qu'à des structures de composition trop alambiquées.
Durant tout ce voyage, on apprécie tout particulièrement l'efficacité du chant qui sait alterner entre virilité et lyrisme, ainsi que l'excellent travail fourni par la paire de guitaristes : entre gros riffs,  twin guitars et solis virtuoses, c'est vraiment la fête !




jeudi 12 juillet 2018

Little Bob Story : High times 76 - 88

Comme le dit la voix cryptique de Lemmy en introduction : "Ecoutez bien, fils de putes, Little Bob va vous raconter une histoire". Une histoire ? Oui, le parcours incroyable de Roberto Piazza, depuis l'immigration et l'arrivée au Havre, en passant par l'amour de la musique et cet attachement fervent à sa ville d'adoption. 
Le perfecto rouge de la pochette ne laisse aucun doute sur les intentions de Bob : c'est le rock n' roll brûlant qui l'anime, et nous mène jusqu'à cette compilation indispensable et bienvenue. Car Bob, a plus de 70 ans, est devenu une légende qui donne même des concerts dans la cour des ministères, mais dont le catalogue n'est même pas réédité à ce jour (ou si peu). En fait, la France est juste en train de s'apercevoir qu'elle abrite un rockeur phénoménal en son sein, un type à la voix d'or légèrement éraillée, qui n'a jamais fait la moindre compromission et s'est contenté d'un succès d'estime toute sa vie. L'intégrité quoi, la vraie...
Deux cd et un dvd composent ce "High times 76 - 88". Chaque amateur de rock y trouvera son compte : séance massive de rattrapage, moyen de réécouter enfin les morceaux perdus sur des vieux vinyles gondolés voire égarés, chasse aux inédits (la reprise de "Sex machine", la démo de "You've lost that loving feeling", les morceaux live à la Cigale) ou même aux anecdotes (le rockumentaire "Rocking class hero", dans lequel Bob se livre avec humilité).
21 titres s'étalent sur le premier CD, consacré au travail en studio. Le gap est vraiment intéressant entre "High time", pub rock nerveux à la Dr. Feelgood, et un "Ringolevio" aux tonalités plus modernes, plus sombres, plus heavy. Entre les deux, il y a le menaçant "Riot in Toulouse", mais aussi une face bluesy et sentimentale avec "Light of my town", dont l'harmonica nous invite à arpenter les quais brumeux du Havre la nuit. Un petit détour aussi par "Too young to love me", l'une des chansons de Little Bob les plus diffusées à l'époque.
 On retrouvera "High time", "Riot in Toulouse" et "Light of my town" sur le deuxième CD, qui compile le meilleur du groupe sur scène, son véritable terrain de jeu. C'est forcément un disque torride que l'on a dans les mains : même "Moving slowly in the dark", très "crooner" dans l'âme, ne déroge pas à cette règle. Beaucoup de reprises : "Lucille", "Dancing in the street", "Bring it on home to me", "Kick out the jams", "I fought the law", qui en disent long sur l'ADN du groupe. Avec celle de "Seaside bar song", on réalise que Bob est un peu notre Bruce Springsteen à nous, chantant la vie quotidienne des gens, l'amour, l'espoir, les galères...
Longue vie à toi Bob, et merci pour cet inestimable héritage musical.