Groupe Australien, mais rien à voir avec AC/DC, la référence étant plutôt à chercher du côté de Guns n' Roses, ou plus précisément la carrière solo de mister Slash... La distinction a son importance car, du coup, on dirigera le zoom musical vers les débuts de Gn'R (rugueux, urgence, efficacité) mais l'on pointera du doigt des refrains en deçà de la méga référence "Appetite for destruction" (quoique celui de "One for the road" fait son petit effet dès la première écoute).
Le disque est court (10 morceaux, 40 minutes) ce qui en facilite grandement la digestion. Une bien bonne chose à une époque où l'on bourre les CD's jusqu'à la gueule... Mais il faudra plusieurs écoutes pour franchir la porte palière : sachez-le (récompense assurée pour les plus assidus).
Ce bon hard rock n'est pas d'une grande variété mais on ne peut que saluer sa bonne vieille authenticité : l'intro Texane de "Sinking ship" (oooh, ils ont écouté "La Grange" de ZZ Top), les premières mesures de batterie de "Blood money blues" (coucou "Night train"), l'inspiration typiquement Soundgarden de "The fall", les nombreux passages blues acoustiques (la première partie de "The way it's always been", le début de "Blood money blues", la balade finale "Beaten dog" agrémentée de chaleureux chorus au bottleneck).
On appréciera aussi l'effort vocal : pas mal Axl Rose, un peu Chris Cornell, un peu James Hetfield, un tout petit peu punk singer à la Jello Biafra ("Circus"). Le C.V est honorable, et si la voix de Brad Marr n'est pas époustouflante, elle a l'avantage d'être bien à sa place dans cet environnement très rock et truffée de possibilités que l'on découvrira peu à peu, c'est sûr.
Poursuivons avec les excellentes prestations guitaristiques de ce "Destination somewhere" : la dose de bonnes vibrations est vite atteinte dans les riffs et les soli ne sont pas en reste, inspirés et accrocheurs (le final intense de "The way it's always been").
Enfin, disque sorti sur le label Earache = prix de vente alléchant !
mercredi 11 mai 2016
dimanche 8 mai 2016
Un café & Blackrain : "Released"
De la Haute-Savoie au Sunset Strip, il y avait donc bien un chemin... Sur cette partie la plus animée du Sunset Boulevard, rappelons que les groupes mythiques du glam métal ont défrayé la chronique dans les années 80.
En 2016, avec ce "Released" tout neuf entre les mains, c'est l'un de ces albums légendaires que j'ai l'impression de détailler. Et encore, c'est un peu réducteur...
Le plus américain des groupes français a accouché d'un album varié et ambitieux, doté d'une dimension telle que les frontières sont abolies.
Idéalement produits, voici treize titres (dont une reprise : "For your love" des Yardbirds) + un ghost track, qui explorent un large éventail de styles, du hard rock festif (auquel Blackrain est abonné depuis longtemps) jusqu'à des plaisirs plus inédits.
Dans toutes ces chansons, deux dénominateurs communs : la qualité des refrains (une constante chez Blackrain) et la richesse des arrangements (guitares finement ciselées, comme ces belles harmonies sur "Mind control" et "Killing me", ou encore cette alliance idéale folk / électrique sur "Words ain't enough").
On renoue, sans surprise,avec des saveurs juvéniles (il y a du Poison dans "Puppet on a string" et "Electric blue") et de bonnes décharges électriques bien calibrées ("Back in town" et son intro à la "It's so easy", "Mind control"). Certaines, dans cette même catégorie, bénéficient de gimmicks forts : "Eat you alive" et ses quelques mesures de musique de cirque, "Rock your funeral" et sa géniale oraison funèbre introductive, le "ghost track" affublé du cri de guerre traditionnel du groupe. Tout cela est aisément mémorisable et c'est un vrai plus pour s’approprier ce disque.
Ensuite, les innovations : d'abord, des chansons sur lesquels Blackrain enrichit l'instrumentation (les quelques séquences synthés de "Killing me" et "Run tiger run", le piano de "Fade to black") sans trahir son style et son efficacité. Dès les premières mesures légères de "Run tiger run" (beaux arpèges à la Cure) ou symphoniques de "Killing me", on sent qu'il va se passer quelque chose de différent, et pourtant les refrains restent de bonnes pépites hard rock. Très fort !
Avec "Fade to black", c'est un peu le même menu, sauf que l'on parlera plus de "power ballade", ce qui d'ailleurs étonne agréablement par rapport au calme plat du début. Un titre très "progressif", fort bien structuré.
Sur "Words ain't enough", le groupe s'encanaille avec une pop très dynamique. On pourrait presque parler de rock indépendant, sauf que ce titre est une véritable ode à la bonne humeur... Une impression de "grand huit" musical, comme sur certains albums de Prince. Alors, continuons avec "One last prayer", car c'est une sorte de gospel électrique dont le refrain fait d'ailleurs penser aux Platters !
Finalement, seul "Home" rate un peu le coche, car trop proche d'une ballade GN'R (on pense à "Sweet child o' mine", mais sans grande originalité).
Au fait, le café était très bon, lui aussi...
En 2016, avec ce "Released" tout neuf entre les mains, c'est l'un de ces albums légendaires que j'ai l'impression de détailler. Et encore, c'est un peu réducteur...
Le plus américain des groupes français a accouché d'un album varié et ambitieux, doté d'une dimension telle que les frontières sont abolies.
Idéalement produits, voici treize titres (dont une reprise : "For your love" des Yardbirds) + un ghost track, qui explorent un large éventail de styles, du hard rock festif (auquel Blackrain est abonné depuis longtemps) jusqu'à des plaisirs plus inédits.
Dans toutes ces chansons, deux dénominateurs communs : la qualité des refrains (une constante chez Blackrain) et la richesse des arrangements (guitares finement ciselées, comme ces belles harmonies sur "Mind control" et "Killing me", ou encore cette alliance idéale folk / électrique sur "Words ain't enough").
On renoue, sans surprise,avec des saveurs juvéniles (il y a du Poison dans "Puppet on a string" et "Electric blue") et de bonnes décharges électriques bien calibrées ("Back in town" et son intro à la "It's so easy", "Mind control"). Certaines, dans cette même catégorie, bénéficient de gimmicks forts : "Eat you alive" et ses quelques mesures de musique de cirque, "Rock your funeral" et sa géniale oraison funèbre introductive, le "ghost track" affublé du cri de guerre traditionnel du groupe. Tout cela est aisément mémorisable et c'est un vrai plus pour s’approprier ce disque.
Ensuite, les innovations : d'abord, des chansons sur lesquels Blackrain enrichit l'instrumentation (les quelques séquences synthés de "Killing me" et "Run tiger run", le piano de "Fade to black") sans trahir son style et son efficacité. Dès les premières mesures légères de "Run tiger run" (beaux arpèges à la Cure) ou symphoniques de "Killing me", on sent qu'il va se passer quelque chose de différent, et pourtant les refrains restent de bonnes pépites hard rock. Très fort !
Avec "Fade to black", c'est un peu le même menu, sauf que l'on parlera plus de "power ballade", ce qui d'ailleurs étonne agréablement par rapport au calme plat du début. Un titre très "progressif", fort bien structuré.
Sur "Words ain't enough", le groupe s'encanaille avec une pop très dynamique. On pourrait presque parler de rock indépendant, sauf que ce titre est une véritable ode à la bonne humeur... Une impression de "grand huit" musical, comme sur certains albums de Prince. Alors, continuons avec "One last prayer", car c'est une sorte de gospel électrique dont le refrain fait d'ailleurs penser aux Platters !
Finalement, seul "Home" rate un peu le coche, car trop proche d'une ballade GN'R (on pense à "Sweet child o' mine", mais sans grande originalité).
Au fait, le café était très bon, lui aussi...
dimanche 24 avril 2016
Black Aces : "Shot in the dark"
Pendant qu'AC/DC continue à vivre des heures difficiles, un jeune groupe (d'ailleurs Australien) se réalise dans un hard rock binaire typiquement AOC.
Black Aces ayant déjà passé le cap de l'EP ("Hellbound" en 2014), voici à présent le premier album, le vrai !
Première impression, amusante : le groupe est bien sûr sérieusement influencé par le vieux rock des antipodes (AC/DC, Rose Tattoo, The Angels...), mais c'est beaucoup Airbourne et sa fabuleuse première déflagration "Runnin' wild" que ces nouveaux venus ont eu en ligne de mire, produisant ainsi une musique juvénile et urgente.
"Shot in the dark" est un album bien produit, bien interprété et sympathique à faire tourner sur sa platine, mais il ne réalise pas le carton plein de "Runnin' wild".
Le souci, c'est que les p'tits gars de Black Aces ont totalement la science de l'efficacité et des Gibson SG, mais pas suffisamment celle de la composition. Il faut bien des écoutes avant d'apprivoiser cet album, tant les refrains sont simplistes, en 2 ou 3 notes (rarement plus). Néanmoins, il s'apprivoise et devient même un très bon compagnon. Mais, pour cela, il faudra aussi accepter la voix du chanteur, sorte de Bon Scott (trop) souvent suraigu. C'est l'empreinte vocale du groupe et elle est originale, mais elle en fera fuir plus d'un !
Black Aces ayant déjà passé le cap de l'EP ("Hellbound" en 2014), voici à présent le premier album, le vrai !
Première impression, amusante : le groupe est bien sûr sérieusement influencé par le vieux rock des antipodes (AC/DC, Rose Tattoo, The Angels...), mais c'est beaucoup Airbourne et sa fabuleuse première déflagration "Runnin' wild" que ces nouveaux venus ont eu en ligne de mire, produisant ainsi une musique juvénile et urgente.
"Shot in the dark" est un album bien produit, bien interprété et sympathique à faire tourner sur sa platine, mais il ne réalise pas le carton plein de "Runnin' wild".
Le souci, c'est que les p'tits gars de Black Aces ont totalement la science de l'efficacité et des Gibson SG, mais pas suffisamment celle de la composition. Il faut bien des écoutes avant d'apprivoiser cet album, tant les refrains sont simplistes, en 2 ou 3 notes (rarement plus). Néanmoins, il s'apprivoise et devient même un très bon compagnon. Mais, pour cela, il faudra aussi accepter la voix du chanteur, sorte de Bon Scott (trop) souvent suraigu. C'est l'empreinte vocale du groupe et elle est originale, mais elle en fera fuir plus d'un !
Cela étant, Black Aces a bien lu son petit AC/DC illustré. Du coup, on ne pourra pas leur reprocher une certaine variété dans les approches, à défaut de riffs originaux . Par exemple, la ballade "The walls", sorte de "Night prowler" (ou encore "Motor city is burning") lourde de menaces. Rien à voir avec les brûlots speed que sont "Back on the chain", "Rough touch", "Let it roll" ou encore "Shake the ace" (bonus track européen), qui sont tous les quatre de petites pépites. C'est d'ailleurs avec ces morceaux que j'ai définitivement trouvé la porte d'entrée de ce disque, sans négliger pour autant certains titres mid-tempo comme "Girl like you" (excellent pré-refrain en "stop & go"), "Shot in the dark" (très "mid" et donc curieusement placé en ouverture, mais aisément mémorisable), "Burnin' up the highway" (classique et efficace à la "Get it hot" de qui on sait).
Au final, un disque attachant et authentique, qui fleure bon le denim, l'insouciance, la bière, les filles et surtout le rock n' roll.
lundi 18 avril 2016
Almanac "Tsar" : review
Victor Smolski, l'ex-guitariste de Rage, est devenu capitaine et il commande un vaisseau musical tout neuf baptisé Almanac. Première escale : "Tsar", un album long métrage fraîchement publié en mars 2016.
Sept membres à bord (dont 3 chanteurs), la participation de l’orchestre philharmonique de Barcelone et d'un chœur classique Biélorusse, au moins 3 studios différents utilisés en Allemagne (un pour la batterie, un pour la basse, un pour la guitare et les vocaux) : les chiffres (et encore j'ai simplifié) donnent le tournis.
On aurait donc pu croire que ce "Tsar" allait proposer une musique en forme de surenchère néo-classique (façon Rhapsody of Fire, par exemple). Or, à la fin de la première écoute, c'est un peu l'étonnement : ce disque est certes très ambitieux, mais le maître mot qui s'en dégage c'est surtout "heavy". De l'aveu même de Victor, dans le dvd bonus qui accompagne l'édition de "Tsar", l'objectif numéro un était surtout de produire un album de métal. C'est donc à dessein que l'accordage des guitares a été descendu d'un ton afin de les rendre plus épaisses, plus présentes. Des guitares qui sont d'ailleurs un véritable feu d'artifice. On s'était déjà aperçu, pendant son séjour dans Rage, que Victor Smolski était un virtuose. Impression confirmée ici !
Quant aux orchestrations, elles sonnent davantage épiques que baroques. Le maître d'Almanac n'est pas un transalpin : il est russe et ça s'entend. L'orchestre philharmonique est au service de la puissance que doit dégager la musique, comme en témoigne par exemple les premières mesures du tube "Self-blinded eyes". Bref, métal et classique font bon ménage, la deuxième facette ne prenant pas le pas sur la première et s'imbriquant parfaitement.
Après un "Tsar" introductif, réussi mais assez prévisible pour le style métal symphonique pratiqué ici, les morceaux défilent et offrent une grande variété d'émotions, ainsi qu'un travail assez colossal sur les mélodies.
Des thèmes musicaux grandioses sont au programme de "Self-blinded eyes", ou encore "Children of the future". "Hands are tied" est très puissant et thrashisant, un peu au détriment de sa beauté d'ailleurs. Puis, "No more shadows", après une introduction atmosphérique et une montée en puissance à tiroirs, débouche sur un refrain scandé tout ce qu'il y a de plus heavy, qui ramène aux grandes heures de la période Rage. S'ensuit "Nevermore", un titre inattendu et moderne dont les riffs font un peu penser à la période gothique de Rotting Christ (époque "Sleep of the angels" / "Khronos") ou encore à certaines atmosphères développées chez Moonspell. Innovante autant qu'émouvante, la power ballade "Reign of madness" est une respiration bien pensée avant d'aborder le très orchestral "Flame of fate" dont le refrain constitue la conclusion idéale à cette grande fresque sur le tsarisme.
Vivement la suite !
mercredi 13 avril 2016
Ma chronique de '77 "Nothing's gonna stop us" publiée dans Rock Hard !
Dans le courrier des lecteurs du n°163 de Rock Hard, quelle surprise : ma lettre-chronique du dernier album de '77 !
Elle est signée de mon pseudo YouTube : Chris Dava.
Merci les gars !
Hail '77 !
Elle est signée de mon pseudo YouTube : Chris Dava.
Merci les gars !
Hail '77 !
jeudi 25 février 2016
Best of : doom metal albums (winter 2015)
1- With the dead
Le plus culte, ne serait-ce que par le personnel hautement qualifié qui compose ce groupe, sans oublier la qualité et la pesanteur du matériel proposé. Certains morceaux font déjà date.
2- Witchsorrow : "No light, only fire"
Le plus "true doom". Proche du "Crush the insects" de Reverend Bizarre...
3- The Bottle Doom Lazy Band : "Lost n' drunk"
Le plus incantatoire et le plus "live". Cette musique suit les mélopées menaçantes et étranges de son chanteur-grizzly, sorte de Ian Curtis du doom metal. Une certaine dimension folklorique avec l'ajout d'instruments traditionnels comme la cornemuse. No overdubs : on sent que le groupe joue ensemble et mène chaque morceau de A à Z, quoiqu'il arrive...
4- Caronte : "Ascension"
Le plus chamanique, comme si le doom metal s'invitait dans certaines peuplades primitives.... Le résultat est à la hauteur : original, noir, inquiétant, tribal. A noter : cet album est paru en 2012 (mais je l'ai acheté en soldes récemment).
5- Conan : "Revengeance"
Le plus barbare, avec un son méchamment fuzzy. Tout ceux qui ont aimé la lourdeur de l'album précédant ("Blood eagle") apprécieront celui-ci.
6- Monolithe : "Epsilon Aurigae"
Le plus moderne et le plus progressif.
7- Mammoth Storm : "Fornjot"
Le plus psychédélique et envoûtant, basé (d'ailleurs un peu trop) sur la répétition des riffs et des structures. Superbe pochette !
samedi 20 février 2016
The Apartments : la pochette de "The evening visits..." à New York
La pochette de "The evening visits..." n'est, comme l'écrit Stephen Schayer dans les notes de l'expanded edition, vraiment pas rock n' roll...
J'aimerais savoir combien de personnes ont succombé au charme fou de cette photographie impersonnelle et énigmatique ?
Lorsque je l'ai découverte, la chronique - hésitante - disait qu'il devait s'agir d'une quelconque friche industrielle. C'était l'époque de Thatcher : mon esprit s'est tout de suite évadé vers des villes minières d'Angleterre... Après tout, pourquoi pas ? Le propre de cette image étant bien de faire décoller l'imagination, comme paradoxalement face à tout horizon obstrué.
Le plus étrange, c'est qu'après avoir visionné le film de David Lynch, je me suis laissé aller à imaginer qu'il pouvait aussi bien s'agir de la vue qu'avait Elephant Man depuis sa petite chambre isolée sous les toits du vieil hôpital de Londres... Un monceau de tristesse.
Mais revenons à l'essai de Stephen Schayer (ex The Chills). Celui-ci évoque son expérience vécue au magasin Vinyl Fetish (Hollywood) où il travaillait dans les années 80. L'essentiel de son travail consistait à faire l'inventaire et le rangement dans l'ordre alphabétique des pochettes (qui étaient séparées des vinyles, soigneusement stockés derrière le comptoir).
Il commence par la lettre A et tombe en arrêt devant celle de "The evening visits...".
"La pochette, toute en nuances de marron et de doré, représentait un château d'eau et une étendue dépressive de toits dans quelque ville désertique. Mais il s'agit surtout d'une photographie sombre, prise un jour d'automne particulier, à une heure proche du coucher du soleil."
Puis, toujours dans le livret de l'expanded edition, voilà ce qu'écrit Peter Milton Walsh himself.
"La pochette de "The evening visits..." représente la ville. Je l'ai prise tard un soir, du toit de l'immeuble abritant le premier appartement dans lequel j'ai vécu, à New York. Je regardais dans la direction de l'East River et je voyais des toits, un château d'eau et le clocher de l'église St Ann. L'endroit où j'habitais était un sous-sol impropre à la location dans le quartier de Gramercy Park, sous le restaurant Joe Junior, à l'angle de la 16ème rue et de la 3ème Avenue. Cet espace était uniquement voué à entreposer la collection de disques d'un type, puis quelqu'un l'a transformé pour le rendre habitable. J'avais l'impression qu'il s'agissait d'un donjon ou encore d'un bateau, avec ces tuyaux de chauffage qui couraient au plafond et produisaient des cliquetis et des tic tac comme des horloges. Je me souviens des lampes, des poutrelles d'acier, des murs en préfabriqué et du sol en béton."
Une sacré impression d'étouffement, qui explique le besoin du chanteur-compositeur-fondateur de The Apartments d'aller prendre l'air sur le toit...
J'aimerais savoir combien de personnes ont succombé au charme fou de cette photographie impersonnelle et énigmatique ?
Lorsque je l'ai découverte, la chronique - hésitante - disait qu'il devait s'agir d'une quelconque friche industrielle. C'était l'époque de Thatcher : mon esprit s'est tout de suite évadé vers des villes minières d'Angleterre... Après tout, pourquoi pas ? Le propre de cette image étant bien de faire décoller l'imagination, comme paradoxalement face à tout horizon obstrué.
Le plus étrange, c'est qu'après avoir visionné le film de David Lynch, je me suis laissé aller à imaginer qu'il pouvait aussi bien s'agir de la vue qu'avait Elephant Man depuis sa petite chambre isolée sous les toits du vieil hôpital de Londres... Un monceau de tristesse.
Mais revenons à l'essai de Stephen Schayer (ex The Chills). Celui-ci évoque son expérience vécue au magasin Vinyl Fetish (Hollywood) où il travaillait dans les années 80. L'essentiel de son travail consistait à faire l'inventaire et le rangement dans l'ordre alphabétique des pochettes (qui étaient séparées des vinyles, soigneusement stockés derrière le comptoir).
Il commence par la lettre A et tombe en arrêt devant celle de "The evening visits...".
"La pochette, toute en nuances de marron et de doré, représentait un château d'eau et une étendue dépressive de toits dans quelque ville désertique. Mais il s'agit surtout d'une photographie sombre, prise un jour d'automne particulier, à une heure proche du coucher du soleil."
Puis, toujours dans le livret de l'expanded edition, voilà ce qu'écrit Peter Milton Walsh himself.
"La pochette de "The evening visits..." représente la ville. Je l'ai prise tard un soir, du toit de l'immeuble abritant le premier appartement dans lequel j'ai vécu, à New York. Je regardais dans la direction de l'East River et je voyais des toits, un château d'eau et le clocher de l'église St Ann. L'endroit où j'habitais était un sous-sol impropre à la location dans le quartier de Gramercy Park, sous le restaurant Joe Junior, à l'angle de la 16ème rue et de la 3ème Avenue. Cet espace était uniquement voué à entreposer la collection de disques d'un type, puis quelqu'un l'a transformé pour le rendre habitable. J'avais l'impression qu'il s'agissait d'un donjon ou encore d'un bateau, avec ces tuyaux de chauffage qui couraient au plafond et produisaient des cliquetis et des tic tac comme des horloges. Je me souviens des lampes, des poutrelles d'acier, des murs en préfabriqué et du sol en béton."
Une sacré impression d'étouffement, qui explique le besoin du chanteur-compositeur-fondateur de The Apartments d'aller prendre l'air sur le toit...
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| Le restaurant Joe Junior... |
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| New York : à l'angle de la 3ème Avenue et de la 16ème rue... |
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