La pochette se charge de résumer une partie de la situation : une statue d'Eddie par une nuit d'orage, devant un hôtel de ville (digne de "Retour vers le futur") en proie aux flammes, aux animaux sauvages et, bientôt, aux morts-vivants. Le ciel est d'un noir d'encre, comme celui de l’illustration mythique de "Killers"... Bel ouvrage.
Album dans l'esprit Maiden, "Darkness remains" l'est sans aucun doute, et ce ne sont pas les guitares harmonisées - très présentes - qui diront le contraire. Plus qu'une déclaration, les paroles de "Maiden hell" se présentent sous la forme d'un ingénieux collage des paroles des chansons de la Vierge de Fer, du premier album jusqu'à "The book of souls". Et puis, il y a cet instrumental ("Flight of the manticore") dont certains passages sont vraiment bien proches de "Losfer words" (sur l'album "Powerslave"). Quelques petits détails encore : l'intro très "Fear of the dark" de "Black widow", celle à la manière de "2 minutes to midnight" pour "Life on the run" ; la rythmique cavalcade de "Dawn rider". Mais tout le reste n'est qu'impressions fugitives, bain de langage. Par exemple, "Welcome to the night" aurait pu trouver sa place sur l'album "The number of the number" : il rappelle un peu tous les titres, mais aucun en particulier... "Hallowed ground" est une sorte de "Wrathchild" sans la moindre note commune ; tandis que la power ballade "Stranger in the night" bénéficie d'une enveloppe charnelle à la "Children of the damned", mais la comparaison s'arrêtera là.
C'est d'ailleurs en écoutant ce titre que le petit jeu des influences s'est corsé, le spectre du "Don't talk to strangers" de Dio n'étant finalement pas bien loin (mais, là encore, influence uniquement, pas du tout plagiat). Fort de cet éclairage, on reconnaîtra que "Maiden hell" n'a de Maiden que les paroles : la musique, rapide et compacte, étant plus proche d'un "Stand up and shout" teigneux que d'un "Sanctuary".
Sur "On your own" (hum, pas la meilleure chanson du lot), c'est plus Accept qui serait en ligne de mire.
"Darkness remains", la ballade finale, fait de l'œil à Black Sabbath, ne serait-ce que par l'entremise de cette voix trafiquée, la même que celle d'Ozzy sur "Planet Caravan".
Tout cela pour remettre un peu les pendules à l'heure : Maiden plane bel et bien au-dessus du berceau de ce jeune groupe qui en veut, mais pas exclusivement, et de manière assez diffuse. On appréciera d'ailleurs que ce ne soit pas uniquement la période Di Anno qui soit honorée, mais plutôt l'ensemble d'un extraordinaire "savoir riffer" dont on saluera l'idée géniale d'en perpétuer la recette.
mardi 26 décembre 2017
lundi 25 décembre 2017
Dead Lord : "Heads held high"
Entre les albums de Black Star Riders, et certaines chansons récentes disséminées par ci par là (Audrey Horne : "Out of the city" ; 77 : "Nothing's gonna stop us"), l'héritage Thin Lizzy revient en force dans nos contrées.
Nouveau témoignage de cette évidence que ce sont dans les vieux pots que l'on fabrique les meilleures confitures : Dead Lord. Ainsi donc, ce jeune combo suédois, reprend également à son compte, et à 200% depuis 2012, cette façon unique d'aborder le hard rock.
Sur "Heads held high" (leur deuxième album), l'excellente recette d'origine irlandaise marche à plein régime, guitares jumelles en avant !
Mais quelques notes saturées à la tierce ne suffirait pas à étancher notre soif. Pour faire en sorte que nous sortions "Heads held high" de sa pochette, plutôt que "Jailbreak" ou encore "Chinatown", il faut faire un gros effort de composition, et en cela nous pouvons dire tout de suite que les Dead Lord sont loin d'être manchots.
Pratiquant ce disque depuis sa sortie en 2015, votre serviteur ne peut que rendre hommage à la qualité des refrains et des riffs. "Farewell", "Ruins", "Cold hearted madness", "Strained fools", "When history repeats itself" et "Don't give a damn" figurent parmi les plus évidents, soit 60% de l'album, et en se disant bien que le restant est loin d'être à jeter (comme par exemple ce "The bold move" qui démarre dans une nonchalance presque tropicale pour progressivement se radicaliser). Sur "Ruins", les parties de twin guitars sont tellement endiablées sur la fin, que l'on sort de l'univers Lizzy pour rejoindre celui de Maiden (période "Killers").
La voix assez grave du guitariste-chanteur Hakim Krim (toujours armé d'une Gibson SG de très bon goût) peut sembler curieuse, voire incertaine, mais il faut admettre qu'elle est tout à fait "en contexte". Le bonhomme a, de plus, la stature et la "gueule" d'un frontman : charismatique et immédiatement inoubliable.
L'interprétation est bonne, et la production vintage à souhait. Rien à redire : ce disque est de bonne facture, limite intemporel, mais beaucoup n'y verront qu'un plagiat dénué de scrupules.
Pour les autres, un futur classique ?
Nouveau témoignage de cette évidence que ce sont dans les vieux pots que l'on fabrique les meilleures confitures : Dead Lord. Ainsi donc, ce jeune combo suédois, reprend également à son compte, et à 200% depuis 2012, cette façon unique d'aborder le hard rock.
Sur "Heads held high" (leur deuxième album), l'excellente recette d'origine irlandaise marche à plein régime, guitares jumelles en avant !
Mais quelques notes saturées à la tierce ne suffirait pas à étancher notre soif. Pour faire en sorte que nous sortions "Heads held high" de sa pochette, plutôt que "Jailbreak" ou encore "Chinatown", il faut faire un gros effort de composition, et en cela nous pouvons dire tout de suite que les Dead Lord sont loin d'être manchots.
Pratiquant ce disque depuis sa sortie en 2015, votre serviteur ne peut que rendre hommage à la qualité des refrains et des riffs. "Farewell", "Ruins", "Cold hearted madness", "Strained fools", "When history repeats itself" et "Don't give a damn" figurent parmi les plus évidents, soit 60% de l'album, et en se disant bien que le restant est loin d'être à jeter (comme par exemple ce "The bold move" qui démarre dans une nonchalance presque tropicale pour progressivement se radicaliser). Sur "Ruins", les parties de twin guitars sont tellement endiablées sur la fin, que l'on sort de l'univers Lizzy pour rejoindre celui de Maiden (période "Killers").
La voix assez grave du guitariste-chanteur Hakim Krim (toujours armé d'une Gibson SG de très bon goût) peut sembler curieuse, voire incertaine, mais il faut admettre qu'elle est tout à fait "en contexte". Le bonhomme a, de plus, la stature et la "gueule" d'un frontman : charismatique et immédiatement inoubliable.
L'interprétation est bonne, et la production vintage à souhait. Rien à redire : ce disque est de bonne facture, limite intemporel, mais beaucoup n'y verront qu'un plagiat dénué de scrupules.
Pour les autres, un futur classique ?
dimanche 5 novembre 2017
Kadavar : "Rough times"
Pour ce quatrième effort, les Kadavar ont réussi à synthétiser le format concis / immédiat des chansons de "Berlin" avec le son touffu de leurs deux premiers albums. La fuzz-mammouth fait son grand retour, grésillante comme avant (exit donc la production un peu trop propre du troisième long métrage).
De "Rough times" jusqu'à "Vampires" (bref, la première face), c'est une ode parfaite au stoner rock qui défile entre nos oreilles. Un sans faute dominé par l'immédiat "Die baby die", le très bon refrain de "Vampires" et les écrasants "Rough times" (à peine rendu "aimable" par une maigre ligne d'orgue) et "Into the wormhole", ces deux titres étant d'ailleurs enchaînés l'un à l'autre.
Pas facile d'envisager la suite : il faudra que la face B soit aussi bonne et / ou un peu différente. "Tribulation nation" ouvre le bal sur un rythme très martelant et hypnotique : elle constitue une bonne suite par rapport à ce qui a été entendu avant. "Words of evil" joue bien son rôle de titre à la "Paranoid", mais on ne lui en demandera pas davantage.
C'est alors que Kadavar tranche dans le gras et met en avant son côté arty. "You found the best on me" est une sage ballade psychédélique, mais c'est surtout "The lost child" avec son orgue très atmosphérique (mais sans oublier de bastonner sur les refrains) qui nous fera écarquiller les yeux. Quelques mesures finales sifflées, et après un temps d'étonnement et plusieurs écoutes on s'aperçoit que l'on tient là un grand titre (attention à l'erreur de tracklisting sur la pochette, "You found the best on me" et "The lost child" ayant été inversées). Encore une surprise à l'horizon (ce n'est pas fini) avec "A l'ombre du temps" qui n'est autre qu'un poème déclamé en français sur un fond musical diffus et très calme. Rien de vraiment extraordinaire, mis à part l'aspect expérimental et décalé de ce morceau, Kadavar n'étant donc pas qu'un simple groupe de stoner rock bas du front (il faudra s'y faire : cette formation a plus d'une influence dans sa besace).
En parlant d'influence, quelle excellente idée de terminer avec une bonne reprise de "Helter skelter" et de nous informer ainsi que les quatre de Liverpool ont eu un rôle dans la genèse de Kadavar.
Très bon cru : bravo !
De "Rough times" jusqu'à "Vampires" (bref, la première face), c'est une ode parfaite au stoner rock qui défile entre nos oreilles. Un sans faute dominé par l'immédiat "Die baby die", le très bon refrain de "Vampires" et les écrasants "Rough times" (à peine rendu "aimable" par une maigre ligne d'orgue) et "Into the wormhole", ces deux titres étant d'ailleurs enchaînés l'un à l'autre.
Pas facile d'envisager la suite : il faudra que la face B soit aussi bonne et / ou un peu différente. "Tribulation nation" ouvre le bal sur un rythme très martelant et hypnotique : elle constitue une bonne suite par rapport à ce qui a été entendu avant. "Words of evil" joue bien son rôle de titre à la "Paranoid", mais on ne lui en demandera pas davantage.
C'est alors que Kadavar tranche dans le gras et met en avant son côté arty. "You found the best on me" est une sage ballade psychédélique, mais c'est surtout "The lost child" avec son orgue très atmosphérique (mais sans oublier de bastonner sur les refrains) qui nous fera écarquiller les yeux. Quelques mesures finales sifflées, et après un temps d'étonnement et plusieurs écoutes on s'aperçoit que l'on tient là un grand titre (attention à l'erreur de tracklisting sur la pochette, "You found the best on me" et "The lost child" ayant été inversées). Encore une surprise à l'horizon (ce n'est pas fini) avec "A l'ombre du temps" qui n'est autre qu'un poème déclamé en français sur un fond musical diffus et très calme. Rien de vraiment extraordinaire, mis à part l'aspect expérimental et décalé de ce morceau, Kadavar n'étant donc pas qu'un simple groupe de stoner rock bas du front (il faudra s'y faire : cette formation a plus d'une influence dans sa besace).
En parlant d'influence, quelle excellente idée de terminer avec une bonne reprise de "Helter skelter" et de nous informer ainsi que les quatre de Liverpool ont eu un rôle dans la genèse de Kadavar.
Très bon cru : bravo !
samedi 4 novembre 2017
Kadavar : "Rough times" album launch party at "Crypt of the wizard"
"Crypt of the wizard" est une boutique consacrée au heavy métal et sise à Londres...
Ici a eu lieu la soirée de lancement du quatrième album de Kadavar, "Rough times", le 29 septembre 2017.
L'occasion de voir le groupe, très détendu et abordable, signer des albums et des singles de "Die baby die" par palettes, tout en écoutant un "Into the wormhole" dégoulinant de fuzz qui crépite.
Les vinyles de "Rough times" sont alignés sur les murs noirs de la boutique et c'est là que l'on réalise que la pochette peu esthétique au premier abord fait finalement son petit effet...
mercredi 1 novembre 2017
Mes vinyles... Raven : "All for one"
Acheté à Paris au début des années 90, chez Boulinier (boulevard Saint-Michel) qui possédait une espèce de "cave" à disques d'occasion. De grands bacs dans lesquels il fallait fouiller longuement pour trouver son bonheur... Et mon bonheur, ce jour-là, ce fut ce "All for one" du groupe anglais Raven.
Quand on voit le nombre de photos qu'il y avait à l'époque, on ne peut que râler face à la réédition 2017 ! C'est bien de rendre une oeuvre disponible à nouveau pour le plus grand nombre (et à un tarif normal), mais faites donc le travail jusqu'au bout !
La géniale face A de ce disque...
mardi 31 octobre 2017
Raven : "All for one" (réédition 2017)
Voici donc réédité "All for one", le troisième album de Raven (curieux : l'impasse a-t-elle été faite sur "Wiped out", le second méfait ?).
Le disque ayant été produit à l'époque par Udo (chanteur d'Accept) et Michael Wagener (producteur de Dokken, Accept, Mötley Crüe, Great White...), on dirait que le ton s'est un peu durci (cf. le furieux "Hang, drawn and quartered"). Les racines rock sont toujours présentes ("Sledgehammer rock", typique par son riff qui balance) mais le métal est définitivement entré dans la bergerie ("Mind over metal", "Seek & destroy", "All for one"...).
Ce "All for one" a été un cap important pour Raven, et reste définitivement un album phare dans sa discographie. Pour autant, il faut bien admettre qu'il est légèrement déséquilibré, les meilleurs titres étant concentrés sur la première face... Inoubliables "Take control", "Mind over metal" (speed et hystérique), "Sledgehammer rock", "All for one" (ohé la Marseillaise !) et surtout "Run silent, run deep", petit frère de "Tyrant of the airways", avec son break planant et mélodique.
Gros défi, donc, pour boucler la suite du disque... "Hang, drawn and quartered" est sauvé par sa méchanceté mais n'est pas un chef d'oeuvre de composition, "Break the chain" est un "Sledgehammer rock" bis, "Take it away" est assez insignifiant. Cette face B en demi teinte est honorée in extremis par "Seek & destroy" (riff aussi simple que génial, mais surtout grande clairvoyance dans la construction de ce titre, avec cette basse solitaire et menaçante sur les couplets, au service d'une puissance qui enfle inexorablement et finit par exploser) et "Athletic rock", auto-hommage du groupe au style qu'il pratique, doté d'un refrain énergique et très convaincant.
Tout comme la réédition de "Rock until you drop", il n'y aura ni livret, ni biographie, ni photos rares. Par contre, les cinq bonus sont vaguement crédités : des titres parus en face B de différents singles (la reprise sauvage de "Born to be wild" en compagnie d'Udo, "Ballad of Marshall stack", "Inquisitor" dans une version pêchue, semble-t-il en duo avec Udo), un live de 1983 ("Mind over metal"), un inédit issu des sessions de "All for one" ("The power and the glory", qui se retrouvera plus tard sur "Stay hard").
samedi 28 octobre 2017
Raven : "Rock until you drop" (réédition 2017)
Tous les fans de métal ne sont pas identiques. De nos jours, par exemple, un amateur de gore grind n'a souvent pas grand chose à voir avec un black métalleux, lequel ne s'accordera pas vraiment avec quelqu'un se rendant aux concerts d'AC/DC.
En 1981, lorsque ce premier album de Raven est paru, tous ceux pour qui Deep Purple ou Led Zeppelin avaient un goût de "trop peu" ont accueilli "Rock until you drop" avec avidité, laissant les autres à des plaisirs déjà très institutionnalisés. Leurs discothèques dédiées à la musique "extrême" de l'époque s'en souviennent encore : il y avait déjà "Never mind the bollocks" (Sex Pistols), quelques albums de Motörhead (dont "Overkill", "Bomber" et "Ace of spades"), le premier Iron Maiden, les méfaits de Judas Priest (qui durcit bien le ton depuis "Sin after sin") ; et ce joyeux troupeau allait vite être rejoint par "Killers" (Iron Maiden), "Breaker" (Accept), "Welcome to hell" (Venom), puis, deux ans plus tard, l'arrivée d'Exciter, Metallica et Slayer. Le besoin de sensations fortes est bien là et ne fait qu'accroître...
A ce jeu-là, Raven déploie une énergie vraiment phénoménale, tout en fonctionnant sur une base plutôt hard rock, mais survitaminée. D'ailleurs, ce besoin d'en découdre et de martyriser les instruments (cf. la pochette), cette envie de vitesse accrue sur certains titres, ainsi que les montées aiguës du bassiste-chanteur John Gallagher ont toujours placé Raven à la frontière du métal, tel un Statu Quo carburant au kérosène (comparaison accrue par le fait que Mark Gallagher, le guitariste, joue parfois sur Fender Telecaster). Mais, ni Statu Quo ni AC/DC n'auraient accordé un tel crédit à la basse (le solo de "Rock until you drop", les arpèges de "Tyrant of the ariways", l'omniprésence "à la Steve Harris" de cet instrument sur "Crazy world"), et pas davantage cautionné ces chorus de guitares harmonisées ("For the future", "Wiped out") ou certains titres teintés de "Maidenite" ("Lambs to the slaughter" et "Tyrant of the airways" déployant quelques avant-goûts d'"Invaders" ou de "The prisoner"). Raven est donc le groupe pourvoyeur d'un hard mutant, livrant aux kids la dose de heavy et de folie dont ils ont besoin.
Sur cette galette juvénile, ce ne sont pas les classiques qui manquent : le nerveux "Hell patrol", le rock n' roll "Don't need your money" et l'indispensable "Rock until you drop" ont tous trois des racines très traditionnelles mais continuent de hanter les shows du groupe. Même sentence pour "Tyrant of the airways", plus progressif et métallique, dont le pont instrumental atmosphérique est le brouillon de ce que Raven produira deux albums plus tard sur "Run silent, run deep".
Cette réédition, qui a au moins le mérite de rendre "Rock until you drop" à nouveau disponible au plus grand nombre, se présente sous la forme d'un fin digipack à 2 volets, les paroles et les crédits étant imprimés à même le carton. Pas de livret contenant une biographie ou des photographies inédites. On regrettera aussi que les trois titres bonus ("Wiped out", "Inquisitor" et "Crazy world") soient fournis sans la moindre explication (on s'aperçoit fortuitement qu'ils sont "bonus" puisque le relevé des textes s'arrête à "Tyrant of the airways"). Cette "reissue 2017" ne sera donc pas l'objet définitif que certains fans attendaient.
Une petite recherche, et l'on découvre que "Wiped out" apparaissait en face B du 7"single "Don't need your money", que "Crazy world" était la face B du 7"single "Hard ride" et que "Inquisitor" avait été enregistrée pour la compilation "Lead weight" à l'initiative du label Neat (celui-là même qui signa Raven à ses débuts). Voilà, ce n'était pas compliqué, n'est-ce pas ?
En 1981, lorsque ce premier album de Raven est paru, tous ceux pour qui Deep Purple ou Led Zeppelin avaient un goût de "trop peu" ont accueilli "Rock until you drop" avec avidité, laissant les autres à des plaisirs déjà très institutionnalisés. Leurs discothèques dédiées à la musique "extrême" de l'époque s'en souviennent encore : il y avait déjà "Never mind the bollocks" (Sex Pistols), quelques albums de Motörhead (dont "Overkill", "Bomber" et "Ace of spades"), le premier Iron Maiden, les méfaits de Judas Priest (qui durcit bien le ton depuis "Sin after sin") ; et ce joyeux troupeau allait vite être rejoint par "Killers" (Iron Maiden), "Breaker" (Accept), "Welcome to hell" (Venom), puis, deux ans plus tard, l'arrivée d'Exciter, Metallica et Slayer. Le besoin de sensations fortes est bien là et ne fait qu'accroître...
A ce jeu-là, Raven déploie une énergie vraiment phénoménale, tout en fonctionnant sur une base plutôt hard rock, mais survitaminée. D'ailleurs, ce besoin d'en découdre et de martyriser les instruments (cf. la pochette), cette envie de vitesse accrue sur certains titres, ainsi que les montées aiguës du bassiste-chanteur John Gallagher ont toujours placé Raven à la frontière du métal, tel un Statu Quo carburant au kérosène (comparaison accrue par le fait que Mark Gallagher, le guitariste, joue parfois sur Fender Telecaster). Mais, ni Statu Quo ni AC/DC n'auraient accordé un tel crédit à la basse (le solo de "Rock until you drop", les arpèges de "Tyrant of the ariways", l'omniprésence "à la Steve Harris" de cet instrument sur "Crazy world"), et pas davantage cautionné ces chorus de guitares harmonisées ("For the future", "Wiped out") ou certains titres teintés de "Maidenite" ("Lambs to the slaughter" et "Tyrant of the airways" déployant quelques avant-goûts d'"Invaders" ou de "The prisoner"). Raven est donc le groupe pourvoyeur d'un hard mutant, livrant aux kids la dose de heavy et de folie dont ils ont besoin.
Sur cette galette juvénile, ce ne sont pas les classiques qui manquent : le nerveux "Hell patrol", le rock n' roll "Don't need your money" et l'indispensable "Rock until you drop" ont tous trois des racines très traditionnelles mais continuent de hanter les shows du groupe. Même sentence pour "Tyrant of the airways", plus progressif et métallique, dont le pont instrumental atmosphérique est le brouillon de ce que Raven produira deux albums plus tard sur "Run silent, run deep".
Cette réédition, qui a au moins le mérite de rendre "Rock until you drop" à nouveau disponible au plus grand nombre, se présente sous la forme d'un fin digipack à 2 volets, les paroles et les crédits étant imprimés à même le carton. Pas de livret contenant une biographie ou des photographies inédites. On regrettera aussi que les trois titres bonus ("Wiped out", "Inquisitor" et "Crazy world") soient fournis sans la moindre explication (on s'aperçoit fortuitement qu'ils sont "bonus" puisque le relevé des textes s'arrête à "Tyrant of the airways"). Cette "reissue 2017" ne sera donc pas l'objet définitif que certains fans attendaient.
Une petite recherche, et l'on découvre que "Wiped out" apparaissait en face B du 7"single "Don't need your money", que "Crazy world" était la face B du 7"single "Hard ride" et que "Inquisitor" avait été enregistrée pour la compilation "Lead weight" à l'initiative du label Neat (celui-là même qui signa Raven à ses débuts). Voilà, ce n'était pas compliqué, n'est-ce pas ?
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