samedi 17 novembre 2018

samedi 3 novembre 2018

Lucifer : "Lucifer 2"

Un deuxième album pour Lucifer ? C'est Johanna Sadonis qui a dû pousser un gros soupir de soulagement en voyant pour de vrai cet opus dans les bacs. Après le départ de Linnéa Olsson qui avait causé la fin prématurée de The Oath, le souhait soudain du guitariste Garry Jennings de quitter Lucifer, dans la foulée d'un premier album pourtant fort réussi, a dû donner de bien vilaines sueurs froides à la chanteuse. Il faut rappeler que Jennings avait sérieusement mis la main à la pâte lors du processus de composition de "Lucifer 1" : autant dire qu'il partait en emportant une bonne partie des meubles et des clés... 
Pas de souci : Nicke Andersson, embauché comme batteur, possède plus d'un tour dans son sac. Cet ex-Entombed et The Hellacopters est également guitariste et producteur ; alors, équipé de toutes ces casquettes (c'est le cas de le dire), il redéfinit le cadre musical de Lucifer. Exit le doom occulte de "Lucifer 1"  (on n'en retrouvera  quelques traces sur "Faux pharaoh" ou encore "Eyes in the sky") ; place à un hard rock psychédélique et fortement vintage. A certains moments, on frôle le stoner ("California son", les riffs introductifs de "Phoenix", "Reaper on your heels", "Before the sun", "Aton") mais c'est globalement une impression "soul" qui prédomine, notamment au niveau des refrains de la plupart des chansons. Sur "Dancing with Mr. D" (reprise des Rolling Stones) et "Before the sun" c'est carrément évident : Lucifer se rapproche de groupes tels que Purson ou Blues Pills. "Dreamer", élégante et légèrement malsaine à la fois, constituerait bien une sorte de pont idéal entre l'univers de "Lucifer 1" et celui des combos mentionnés ci-dessus...
Pas grand chose à dire ni sur le fond ni sur la forme : "Lucifer 2" est un disque réussi et la voix de Johanna caresse à merveille ces influences supplémentaires. Il n'y a pas vraiment de cassure nette ou illogique entre les deux albums, juste un enclenchement d'aiguillage possible mais un peu inattendu, qui pourra peut-être désarçonner certains fans, tout en poussant les autres à saluer la démarche du groupe, car elle est de qualité.



vendredi 2 novembre 2018

Conan : "Existential void guardian"

Le dernier album en date, "Revengeance", était âpre, tortueux ; un ovni musical massif et qui se méritait... 
Alors, ce qui étonne avec ce "Existential void guardian" tout neuf, c'est que l'on y pénètre et que l'on y trace sa route sans trop de réflexion ni de difficulté. Difficile d'affirmer que Conan a vraiment simplifié ses riffs : chez ces chantres du doom guerrier, ils n'ont jamais été d'une très grande complexité, notamment du fait de l'accordage exceptionnellement bas de la guitare (peut-être même aussi de la basse) ainsi que de l'épaisse couche de fuzz qui les recouvre. Ce nouvel opus ne sera pas non plus l'album des pires excès de lenteur : "Revengeance" est déjà passé par là, avec ces véritables marécages musicaux qu'étaient certains passages de "Thunderhoof", "Wrath gauntlet" ou encore "Every man is an enemy". Non, finalement ce qui constitue l'attrait de "Existential void guardian", c'est une certaine concision dans le propos, un "je-ne-sais-quoi" rendant l'ascension plus directe du monolithe appelé Conan. Bon, l'easy listening est encore très loin, les néophytes continueront à gémir et les programmateurs à ignorer le phénomène, mais il est clair que le groupe a décidé d'aérer un peu. 
Mention spéciale pour le track listing, particulièrement bien étudié et permettant de varier les plaisirs d'un morceau à l'autre... Il faut dire que la pente est vertigineuse, de la lourdeur traditionnelle de "Prosper in the path" jusqu'aux quarante-cinq secondes furieusement grind de "Paincantation" (le "You suffer" de Conan). Entre temps, "Volt thrower" réussit son placement de titre court, enlevé et facile à lire (radiophonique à sa manière), tandis que sur certains passages de "Eye to eye to eye" le groupe convoque l'énergie du hardcore. On notera aussi quelques moments calmes sur "Eternal silent legend" : démarrage plutôt discret pour mieux t'aplatir mon enfant... Quant à "Vexxagon", c'est vrai - en y réfléchissant bien - qu'il est bâti sur des riffs plutôt simplistes (l'un d'entre eux, vers la fin, est même une relecture lente de celui de "Volt thrower"), mais il faut bien tout écouter : les patterns de batterie, les lignes de chant sont là pour maintenir l'attention des plus endurcis.
Petite mise en perspective finale : 4 titres live captés en 2018 à Manchester feront le lien sans à-coups entre hier et maintenant.

mardi 30 octobre 2018

Nitrogods

On ne le dira jamais assez : le rock est entré dans une phase "classique". Les grands groupes, encore présents ou déjà disparus, ont défini des styles, des standards, des classiques, des sons, des savoirs-faire que les plus jeunes ont envie de reprendre à leur compte, célébrer, revisiter, développer...
Le power trio allemand Nitrogods (composé de 2 ex-membres de Primal Fear et du bassiste-chanteur Oimel) aime le rock authentique, ont aligné un certain nombre de cibles et, devinez quoi, ont notamment fait un carton dans celle de Motörhead ! 
"Black car driving man" démarre et c'est en quelques secondes un ticket d'entrée vers la vitesse et la concision d'un "Bomber" ou d'un "Iron fist" (même constat pour "Demolition Inc.", et surtout pour "Wasted in Berlin" qui accueille dans sa frénésie le regretté Fast Eddie Clarke). La voix bourbon et cigarettes d'Oimel, de même que le son saturé de sa basse, complètent le tableau, et il faut bien reconnaître que les Nitrogods ont un sacré savoir faire, allant même jusqu'à varier le tempo, comme le faisait le grand Motörhead. C'est ainsi que "The devil dealt the deck" rampe insidieusement à la manière d'un "Sweet revenge", tandis que "Licence to play loud" utilise le groove et le balancement traditionnel du rock n' roll, tel que Lemmy et sa bande le pratiquaient sur des titres comme "Going to Brazil".
Motörhead est bel et bien au centre des préoccupations de ces énergiques allemands, mais pas seulement... Chez les Nitrogods, tous les moyens sont bons pour atteindre l'orgasme rock.
"At least I'm drunk" et "Zombietrain" dévoilent ainsi une facette beaucoup plus rockabilly, et l'on saluera au passage le jeu de guitare efficace et diversifié d'Henny Wolter. Harmonica et ambiance country blues crade sont au programme de "Whiskey wonderland", dans l'esprit de ce que peut proposer un groupe comme Nashville Pussy. "Lipsynch stars" et "Rifle down", bien chargés en guitares slide, s'en vont, quant à eux, chasser sur les terres australiennes de Rose Tattoo.
Avec ce premier album, Nitrogods, dont la promotion en France est quasiment au niveau zéro, signe un disque festif et uniquement composé de bons ingrédients pour bons amateurs de rock n' roll. Qu'on se le dise !


lundi 29 octobre 2018

Black Aces : "Anywhere but here"

Pas facile de creuser son trou dans le monde sans pitié des combos se réclamant de l'héritage d'AC/DC... Les australiens de Black Aces en ont fait l'expérience à l'occasion de cette troisième sortie : "Anywhere but here" est juste paru dans une indifférence quasi générale (cela a du moins été le cas en France). Aussi peu de promotion, c'en est quasiment troublant...
Toujours est-il que l'album se trouve bel et bien entre nos mains (merci l'import et la vente en ligne !) et que les écoutes sont allées bon train.
Premier constat : les Black Aces aiment toujours le rock n' roll et savent le jouer (réflexions basiques mais fondées sur le fait que l'absence de logo sur la pochette aurait pu faire penser à un virage musical drastique : il n'en est rien). En même temps, ce nouvel album se charge de nous informer que le groupe n'est pas (ou plus) un pur clone d'AC/DC. La production est trop propre et éclatante (moderne, en somme), le chanteur perce toujours aussi bien dans les aigus (rien à voir décidément ni avec Bon ni avec Brian), et la plupart des riffs ne sont pas des pompages mais plus des mises en situation, "dans l'esprit de" telle ou telle chanson de la bande à Angus. "Show me how to rock n' roll" en appelle à des titres introductifs puissants comme "For those about to rock" ou "Thunderstruck", "Where you love from" est la bonne balade façon "Rock n' roll ain't noise pollution", tandis que "Cut me loose" se présente comme le petit bolide façon 'Beating around the bush" (forte ressemblance quand même avec le riff de "This means war").
"Anywhere but here" (qui aurait bien pu s'appeler aussi "Oval motel") défile et les bonnes impressions s'accumulent. Refrains réussis ("Anywhere but here", "Where you love from", "We came for rock n' roll"), titres rampants et vicieux à souhait ("Down", "We came for rock n' roll"), incursions sur les vastes terres du rock et du blues (le boogie ZZ Topien de "Short changed"). Petit retour sur "We came for rock n' roll" qui ferme le bal, et dont le riff simplissime et les chœurs virils (on pense un peu à Anthrax sur ce point-là) frôlent le génie, ou du moins un excellent savoir faire !
Ce troisième Black Aces n'est pas l'album du siècle (la faute, notamment, à quelques titres plus "passe partout") mais confirme la bonne santé d'un jeune groupe que l'on devrait soutenir et promouvoir davantage.