Extrait du message de Sakis, fondateur du groupe, écrit au dos du livret très bien documenté accompagnant cet exceptionnel best of : "... le sale boulot consistant à choisir les morceaux qui ont le mieux caractérisé notre carrière a vraiment été un cauchemar." Et de rappeler qu'à l'époque de la conception de "Their greatest spells", Rotting Christ, légende du métal extrême grec, totalisait 30 ans de carrière, et environ 150 chansons réparties sur 13 albums...
Voilà pour l'intention, celle-là même qui a conduit à "cette liste de 34 chansons essentielles" (personnellement, j'en compte 33...), soit deux CD remplis à ras bord (donc plus de 2 heures et demi de musique).
Bref, Sakis, parlant au nom du groupe, en a bien bavé, rapportant notamment que "l'horreur de mettre de côté des pièces qu'il a toujours considéré comme étant importantes pour l'histoire du groupe rapportées à celles qui ont finalement été choisies est difficile à décrire".
Il rappelle aussi que le groupe, au gré de toutes ces années, a traversé des "incarnations" et des "phases" différentes. En gros, on peut considérer que la période comprise entre les débuts et l'album "Triarchy of the lost lovers" correspond à la période black / dark métal, celle qui démarre avec "A dead poem" jusqu'à "Genesis" à la période gothique métal, celle qui s'étend entre "Sanctus diavolos" et "Kata ton daimona eaytoy" à la période ethnique (incorporation d'éléments tirés des musiques folkloriques grecques et slaves dans le cadre métal du groupe) ; jusqu'à la période actuelle, inaugurée par l'album "Rituals" et que l'on pourrait qualifier de "mystique".
Tous ces éléments mis bout à bout alourdissent le cahier des charges...
Mais bon, effectivement, de "Passage to Arcturo" jusqu'à "Rituals", chaque album est bel et bien représenté, certes à proportions inégales (de une seule chanson pour "Khronos", le plus délaissé, jusqu'à quatre respectivement pour "Triarchy of the lost lovers" et "Kata ton daimona eaytoy", les mieux lotis).
Autre point, qui a certainement été déterminant dans le choix des morceaux : malgré ces "phases", "incarnations", périodes ou albums différents, "Their greatest spells", lorsqu'on l'écoute en totalité, donne une incroyable impression d'unité. Là encore, il faut relativiser, et surtout faire abstraction des différences en terme de production, le son des deux chansons extraites de "Passage to Arcturo" étant, par exemple, assez rudimentaire, tranchant ainsi drastiquement avec les autres.
Doté d'un titre inédit ("I will not serve", probablement issu des sessions de "Rituals" à en juger par l'atmosphère) et d'un autre que l'on pourrait qualifier de "rare" ("Astral embodiment", superbe bonus de l'album "Genesis"), on peut dire, après avoir examiné tout cela, que cette compilation atteint très bien son objectif : immerger l'auditeur dans le long chemin sinueux emprunté par le groupe au fil du temps, mais toujours au service d'un métal sombre et racé.
Aussi, on comprend que Sakis n'aime pas trop le mot "best", puisque malgré la qualité du travail de réflexion autour de ce "Their greatest spells", il y aura toujours des regrets et des frustrations. Sans doute dans le souci de ne pas rompre cette fameuse unité mentionnée plus haut, certains titres, pourtant salués par la critique, n'ont pas été retenus. Il s'agit curieusement des plus "catchy", ou encore mélodiques : le grandiose "Der perfekte traum" (le "tube" de Rotting Christ) sur "Sleep of the angels", le très beau "Lucifer over London" sur "Khronos", la superbe litanie atmosphérique et quasi symphonique "Sanctus diavolos" sur l'album du même nom.
On saisit le dénominateur commun qui a présidé à la construction de ce résumé de carrière chroniqué ici, mais c'est quand même dommage d'avoir écarté ces pièces, surtout pour les non initiés.
vendredi 16 août 2019
jeudi 8 août 2019
Nashville Pussy : "Ten years of pussy"
Une fois leurs trois premiers efforts studio achevés ("Let them eat pussy", "High as hell" et "Say something nasty"), les Nashville Pussy, chantres du rock n' roll transgénique à haut voltage, ont fêté ça en publiant un best of (le "Dirty best of"), assorti d'un dvd bonus live.
Trois albums plus tard, toujours maîtres d'un savant cocktail mélangeant hard rock / boogie / rock sudiste / punk, et soucieux des traditions, ils remettent les petits plats dans les grands.
"Ten years of pussy" commence donc par regrouper le meilleur de "Get some", "From hell to Texas" et "Up the dosage", le tout accompagné par un livret bien rempli proposant pour l'occasion les croustillantes anecdotes de Blaine Cartwright, le chanteur / guitariste. On y apprend, par exemple, que Lemmy a enregistré par téléphone, au fin fond d'un pub noir de monde, sa partie vocale pour le titre "Lazy Jesus" !
Pour ceux qui connaîtraient déjà tous ces titres par cœur, un EP inédit 6 titres ("Live in Nottingham - 2009") devrait achever de les convaincre. Généreux et très énergique, ces six chansons constituent la fin du show donné au Rock City, un club que l'on imagine enfumé et torride. Autant dire que l'on est en présence d'une mayonnaise sonore largement montée ! Sur "Nutbush city limits", joué paraît-il sans répétition préalable, avec Ron Heathman des Supersuckers à la guitare, on assiste même à la présentation des musiciens.
Et puis, bien vu : aucun des titres de l'EP ne fait doublon avec ceux du best of...
Un excellent produit, que chacun pourra utiliser à sa guise, entre ceux qui découvriront le groupe par son entremise, jusqu'aux connaisseurs qui souhaitent profiter d'une compile déjà faite, tout en n'omettant aucune sortie de la part de leur groupe fétiche.
mardi 6 août 2019
Darkthrone : "Old star"
Darkthrone poursuit sa croisière sur les eaux habitées du métal... "Croisière" plutôt que "croisade" car s'il est toujours fort agréable de retrouver le groupe, il faut bien se rendre à l'évidence : ces gars-là fonctionnent par cycles et le contenu, du coup, est un peu prévisible. Défini depuis "Arctic thunder", ce nouveau volet de la carrière de Darkthrone replace Nocturno Culto comme unique vocaliste, partage la composition entre celui-ci et Fenriz, renoue avec un certain black metal et adopte le doom en guise d'orientation possible de la musique. Côté livret, c'est toujours la disette : les recommandations de Fenriz sont bel et bien passées à la trappe (hélas !) et les superbes photos de ses treks dans la nature norvégienne aussi, ce qui amoindrit la complicité qui s'était installée entre le groupe et son public ; cette impression presque unique de retrouver de vieux potes qui nous faisaient partager bien plus que de la musique. Mais bon, nous sommes aussi capables de comprendre que le groupe ne souhaite pas s'installer dans une trop grande routine, et c'est finalement tout à son honneur.
Commençons par les morceaux de Nocturno. "I muffle your inner choir" et "Duke of gloat" sont autant de ponts vers le black, et pourtant "A blaze in the northern sky" et "Transilvanian hunger" sont bien loin maintenant. Si les premières parties de ces chansons sont rapides et linéaires, ils penchent assez vite vers des riffs lourds et inquiétants à la Burzum, d'ailleurs fort réussis. Sensations black metal certes, mais en dilettante par rapport au mythique passé du groupe. Quant à "Old star", c'est un titre assez lent, bâti sur un rythme de marche, un peu comme un bataillon de fantassins se déplaçant vers le front : très efficace, voire impressionnant (on sent, à certains moments, l'influence de Bathory, période viking metal).
"Le riff est à la guitare ce que le mot d'auteur est à la littérature" : voilà une citation qui convient bien à Fenriz, l'homme qui traque le riff ultime sans répit. Une chasse souvent fructueuse car, disons-le sans détour, son "The hardship of the Scots" est une superbe pièce de métal. Héroïque, parfois habitée par le fantôme de Maiden (période "Piece of mind") ou plongeant dans les abîmes du doom, mais surtout émergeant dans la lumière au bout de 4 minutes 13 secondes, portée par un riff sublime dont Fenriz peut vraiment être très fier. Bravo ! Changement de braquet avec "Alp man", sur lequel le bougre nous convie à une messe noire estampillée "true doom". Lente, guidée par les préceptes monolithiques de Black Sabbath ou encore Reverend Bizarre, cette chanson se mérite, le riff le plus évident (mais aussi le plus sournois) se trouvant judicieusement placé dans la deuxième moitié. Petit frère de "The hardship of the Scots", le final "The key is inside the wall" présente un héroïsme beaucoup plus sombre, très influencé par Candlemass (même faculté à décliner le heavy entre parties lentes et accélérations). Là encore, après un break (un vrai !), la chanson propose un superbe chorus, menaçant et mélancolique à la fois, qui détermine autant la fin du morceau que de l'album.
"Old star", ou comment revenir aux fondamentaux du métal, en un seul disque... Très fort !
jeudi 1 août 2019
Vulture : "Ghastly waves & battered graves"
Dans la lignée de Skull Pit, sauf que l'on a vu venir Vulture d'un peu plus loin : déjà un premier album et un EP à son actif, avant l'arrivée dans les bacs de ce "Ghastly waves...". Mais bon, c'est une bien belle chronique qui s'annonce, au cours de laquelle on croisera des noms prestigieux : Exodus, Exciter, Iron Maiden, Mercyful Fate, Metallica, Judas Priest...
Car ce jeune groupe allemand pratique un speed / thrash particulièrement virtuose, et cette dernière exigence a conduit à l'inclusion d'éléments particuliers, piochés à droite à gauche, sur une base finalement assez classique.
On commencera par cette production à l'ancienne, avec notamment la voix réverbérée à outrance, un peu à la manière de Paul Baloff (Exodus), à qui le chanteur de Vulture emprunte d'ailleurs pas mal de gimmicks (cette façon de moduler en faisant monter la note), mais en allant encore plus loin puisqu'il est capable, lui, de percer dans les aigus comme le ferait King Diamond (Mercyful Fate & carrière solo).
Pour la pochette, avec la main gantée tenant un couteau, on saluera au passage les vétérans d'Exciter (albums "Heavy metal maniac" et "Violence & force"). Merci à eux !
Place maintenant au contenu musical... Que l'auditeur n'espère surtout pas en faire le tour dès la première écoute : ce ne sera pas possible. Ici, les riffs s'enchevêtrent, et l'on pense bien sûr à Mercyful Fate (au moins dans la manière de faire). Mais c'est sans compter avec le train d'enfer mené, le plus souvent, par le tempo... C'est absolument vertigineux à certains moments, l'effet étant appuyé par d'incroyables chorus de guitares jumelles (méthode brevetée par Iron Maiden, Mercyful Fate, Judas Priest, Thin Lizzy...), pour lesquels on soulignera le niveau technique et l'inventivité.
Cet album unique et hors du temps s'appréhendera donc plutôt comme un tout, un truc que l'on écoute d'une seule traite... Ce qui n'empêchera pas de souligner quelques passages clés : le refrain brillant du morceau-titre, l'introduction pizzicato inquiétante et les chorus ébouriffants de "The garotte", la séquence twin guitars finale de "Tyrantula", ainsi que l'intro Maiden (période Di'Anno) de "Murderous militia", le morceau basculant ensuite dans une speederie intense à la "Fight fire with fire" (Metallica). Mention spéciale à la reprise de "Killer on the loose" (Thin Lizzy), presque méconnaissable tant le riffing et le tempo sont atomiques.
Sacré disque, pour lequel on déplorera uniquement la production particulière, qui masque ou amoindrit de nombreux détails, notamment au niveau du chant (équilibre difficile à trouver entre précision nécessitée par la complexité de la musique et référence à une époque précise de l'histoire du métal).
Les jeunes qui accrocheront à cet album n'ont plus qu'a aller faire leurs courses parmi toutes les références citées ci-dessus ; quant aux plus anciens, déjà formés et aguerris à tout cela, nul doute qu'ils passeront de délicieux moments emprunts de nostalgie à l'écoute de ce "Ghastly waves & battered graves" providentiel.
mardi 30 juillet 2019
Rose Tattoo : "Transmissions - On air 1981"
Concernant ma théorie sur l'archéologie musicale, inutile de se répéter ou de développer davantage : cf. la chronique du "Live in Brunswick".
Quant à ce providentiel "Transmisions - On air 1981", on pourra presque dire, à l'instar d'un "Into the wild" du rock n' roll, qu'il nous fait nous enfoncer de plus en plus vers des territoires non défrichés, sur lesquels plane un certain danger, rendant l'expédition d'autant plus excitante.
On l'aura compris : les deux points communs de ces douze morceaux fraîchement ressuscités sont, d'une part, d'avoir été diffusés un jour sur les ondes (radio ou télévision) et, d'autre part, que ce fameux jour ait été l'un des 365 de l'année 1981.
1981 : l'aboutissement d'un planning intensif de prestations live et la sortie d'un très attendu deuxième album ("Assault & Battery") au mois de septembre. Une année riche en rebondissements...
Presque interactif, "Transmisions - On air 1981" laisse à l'auditeur le choix de s'immerger dans trois contextes différents : un live à la BBC, sans public et doté d'un son très propre de qualité studio ; un live pour la télévision allemande (Musikladen, Radio Bremen) devant un public restreint, qui semble être arrivé là par hasard et qui est très majoritairement assis ; un extrait du grand concert donné à Paris (Hippodrome de Pantin), capté et retransmis par la télévision française dans le cadre de l'émission "Chorus".
Avec quatre morceaux proposés à chaque fois, il y a forcément des redites : 2 fois "Bad boy for love", 2 fois "Nice boys" et 3 fois "Rock n' roll outlaw"... Peu importe, on se contente de ce qui a survécu au temps, et la qualité du matériel range rapidement ces considérations au rang de simples détails.
Privée de spectateur, et donc dépourvue d'interaction avec eux, la prestation à la BBC est forcément la moins captivante du lot, tout en étant la mieux "produite". Ceci dit, les Tatts jouent le jeu à fond, et la version rallongée de "Nice boys", par exemple, n'en est pas moins une pièce de choix (même si beaucoup moins explosive que celle de l'Hippodrome de Pantin).
Ce concert de Paris, certes très amputé, va sans aucun doute rameuter des nostalgiques : ceux qui l'ont vu à la télévision, sur Antenne 2, et ceux qui bien sûr étaient sur place, dans la foule. Les techniciens de l'époque n'avaient peut-être jamais enregistré de hard rock auparavant, alors le son est celui d'un bootleg de très bonne qualité, mais bootleg quand même... Néanmoins, il rend tout à fait justice à l'intensité et à la puissance du groupe, avec ce côté moite et cette réverbération propre aux prestations live dans de vastes lieux blindés de monde. Quant aux versions de "Remedy" et autres "Astra Wally" jouées ce soir-là, elles sont décapantes.
Mais la palme revient, à mon sens, au "Live on Musikladen, Radio Bremen". Cette pépite n'est pas nouvelle : le label "Repertoire" nous l'avait déjà refourguée (d'ailleurs sans la moindre indication) en guise de bonus tracks à la réédition du premier album du groupe. Un joyau terne car doté alors d'un son plat, peu engageant... Sur "Transmisions - On air 1981", la remasterisation a fait des miracles, conférant enfant aux Tatts la production idéale, rêche et acérée, qu'ils méritent. De plus, ce "Live on Musikladen, Radio Bremen" est le seul à accueillir des morceaux de l'album "Assault & Battery". Et vous savez quoi ? La version live de "Suicide city" vaut à elle toute seule l'achat de ce disque. Intense, mordante, suicidaire. Le DVD qui accompagne ce package permet d'ailleurs d'assister à une scène d'anthologie : le chanteur Angry Anderson, sur les dernières mesures de "Suicide city", s'étranglant avec le fil de son micro devant cet improbable assortiment de spectateurs apathiques !
jeudi 18 juillet 2019
Rose Tattoo : "Live in Brunswick at the Bombay Bicycle Club - 1982"
Comment la décennie 2010-2020 sera-t-elle analysée / étiquetée par les livres d'histoire ? Une idée ? Non ? Allez, oublions un instant nos dirigeants, le dialogue social, le réchauffement climatique et le Brexit, et tournons-nous vers quelque chose de plus "léger" : si l'on voulait bien utiliser un angle aussi sympathique que restrictif, cette décennie qui touche à sa fin pourrait bien être celle de l’archéologie musicale. Certains diront que c'est hallucinant de voir quels trésors d'ingéniosité les maisons de disques ont dû déployer pour sauver leurs fesses, mais si l'on reste dans le constat pur et dur, on se bornera à compter les exhumations d'enregistrements inédits qui ont eu lieu ces dix dernières années... Et le nombre risque d'être affolant !
C'est porté par cette vague-là que nous tenons aujourd'hui ce disque live des Tatts entre nos mains. Trente ans que ces bandes dormaient dans un coin... Incroyable...
Quant au cahier des charges, il est particulièrement alléchant : une heure de rock chaud comme la braise, interprété à la grande époque par le line up historique, et faisant la part belle aux trois premiers albums (les meilleurs).
A l'écoute, l'interprétation est incisive. Elle est également franche et sans retouche (ces chœurs approximatifs...). Certaines chansons y gagnent un supplément d'âme : le démarrage abrupt de "Out of this place", la partie centrale aérienne et menaçante de "Butcher and fast Eddy", la jam à rallonge de "Revenge" (malheureusement amputée de son cri déchirant final présent sur la version studio), le tempo plus qu'appuyé de "Texas" qui lui retire ce côté sautillant assez agaçant qu'elle avait à l'origine... Et quantité d'autres petits délices : entre autres les parties de slide endiablées de Pete Wells, la voix papier de verre d'Angry Anderson qui semble ne jamais faiblir, la rythmique imparable du groupe... Toujours est-il que l'on passe une bonne heure de sueur et de rock n' roll en compagnie des Tatts.
Le seul bémol concerne le son. S'il rend tout à fait honneur à la puissance sonore du groupe, on se serait attendu à une production plus rêche, un peu à la manière du "If you want want blood" d'AC/DC. Ici, on regrettera les guitares un peu trop noyées d'écho et de reverb : une sophistication qui n'est pas vraiment raccord avec la musique brute de Rose Tattoo, mais qui n'est en aucun cas une restriction au plaisir d'écoute procuré par ce disque.
samedi 13 juillet 2019
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