in D'Head Banger Magazine n°1 - Mai 1990
samedi 27 juin 2020
dimanche 21 juin 2020
mercredi 17 juin 2020
Gilby Clarke : "Pawnshop guitars"
Amateur de hard rock dans les années 90 ? Alors, vous possédez certainement, quelque part sur une étagère, le premier album de Gilby Clarke... Et en faisant l'acquisition à sa sortie, en 1994, vous n'avez pas seulement acheté le disque solo de ce guitariste américain : vous vous êtes aussi payé un morceau de légende, une part supplémentaire d'un énorme et savoureux gâteau nommé Guns n' Roses.
Gilby Clarke : cet inconnu qui a remplacé Izzy Stradlin sur une bonne partie du fameux et colossal "Use your illusion wolrld tour", celui-là même qui a joué à l'hippodrome de Vincennes le 6 juin 1992 devant 58 000 spectateurs (mémorable premier concert de Guns n' Roses en France). Celui aussi qui, intronisé membre à part entière du groupe, a enregistré avec eux l'album de reprises "The spaghetti incident ?"...
Les planètes sont alors alignées pour que Gilby réalise l'album solo de ses rêves. Ce sera donc "Pawnshop guitars", et les circonstances exceptionnelles (ainsi que le marketing) en font une sorte de blockbuster : maison de disques prestigieuse (Virgin), interviews dans la presse du monde entier, participation d'Axl Rose, Slash, Matt Sorum, Dizzy Reed, Duff... Impossible de rater ce disque ! On en est même à se dire que les Guns forment finalement une solide confrérie pour filer un tel coup de main à leur nouveau pote... qui sera viré sans la moindre notification quelques mois plus tard (fin des paiements : merci). A ce stade, Gilby se retrouve soudainement face à sa vraie carrière solo, tandis que Guns n' Roses aborde une phase beaucoup moins mythique de son aventure. Quant aux fans, un peu hagards comme après une longue transe, ils se retrouvent nombreux avec "Pawnshop guitars" sur les bras. Certains le revendront (il est d'ailleurs toujours très facile d'en trouver des exemplaires d'occasion, à bas prix), une fois le produit "tendance" consommé (et la tendance émiettée). Dommage, car ce disque, beaucoup trop mis en avant par un effet de mode, est avant tout d'une grande simplicité et basé sur de bons principes.
C'est sûr que les Guns ont eu du flair en embauchant Gilby : il aime les Rolling Stones (la reprise très réussie de "Dead flowers", en duo avec Axl, et le feeling de la plupart des chansons), il sue sur les Gibson, il malmène les Marshall... Dans "Black" et "Let's get lost", l'homme se permet même de tutoyer les Beatles en incluant des petits éléments pop psychédéliques (orgue Hammond, sitar électrique, Mellotron...). Autre clin d’œil aux quatre garçons dans le vent : la douceur des chœurs de "Johanna's chopper", dans un environnement pourtant foncièrement rock. Quant à la cover de "Jail guitars door" (The Clash), c'est une preuve de plus du bon goût et de l'ouverture d'esprit de monsieur Clarke.
Sous employé au sein de Guns n' Roses, Gilby aurait pu leur apporter bien plus que le simple fait de jouer de la guitare rythmique, et ce notamment en terme de composition. "Cure me... or kill me", avec son introduction qui fait monter la pression, ses riffs et ses lignes vocales à effet instantané, piétine les plate bandes de "You could be mine". "Pawnshop guitars" fait sortir de son chapeau une efficacité à la "It's so easy", aux frontières du punk rock. Sur un album studio des Guns, on aurait bien goûté à la saveur piquante de "Tijuana jail" et ses samples hilarants de radio Mexicaine, ou encore à l'originalité sucrée, un peu bancale mais attachante, de "Johanna's chopper" (sans parler des deux balades Stoniennes : "Skin & bones" et "Hunting dogs"). Par contre, le morceau final ("Shut up"), trop passe partout, fait remplissage (sentiment renforcé par les deux reprises, même si elles sont réussies).
Vingt-cinq ans plus tard, (re)donnons donc sa chance à "Pawnshop guitars", un bon album à part entière et non un simple satellite, même s'il est vrai qu'il est fortement ancré dans son époque. Tout du long, Gilby y assure une performance vocale honnête : ce n'est pas un grand chanteur, mais il a une empreinte authentique, simple... comme ce disque.
vendredi 12 juin 2020
Immolation : "Close to a world below"
On ne change pas une équipe de death métal qui gagne...
Successeur du très réussi "Failures for gods", "Close to a world below" est toujours produit par Paul Orofino & Immolation : le gage d'un son très personnel, particulièrement grave et profond ("sourd", pourrait-on presque dire), même si ce nouvel opus donne l'impression de sonner un peu plus "clair" que son prédécesseur.
"Didn't you say Jesus was coming" annonce le message écrit à l'intérieur du boîtier (sous le CD) : au cas où l'on n'aurait pas vu la pochette, et que l'on aurait pas encore compris que Immolation perpétue sa tradition de combo profondément anti-chrétien.
Quant à la musique : riffs recroquevillés, harmoniques sifflantes ("Furthest from the truth", "Lost passion"...), multiples cassures, mesures improbables... Groupe d'habitude, Immolation se fait fort d'accomplir toujours le même exploit : laisser dans la tête de l'auditeur des lignes vocales intelligibles, alors que l'instrumentation est une marmite bouillonnante. Un vrai casse tête, qu'un titre comme "Father you're not a father" accomplit, par exemple, haut la main (là, on peut carrément parler de "refrain").
Nouveau soundtrack dédié à la barbarie des hommes, "Close to a world below" perpétue cette tradition de riffs et de rythmes pas forcément très rapides, mais évoquant une vision prégnante de légions marchant impitoyablement droit devant (on peut même les entendre ahaner dans "Furthest from the truth").
"Lost passion" est un très bon exemple des recettes employées par le groupe : dès le début, superbe marche en avant musicale (le groove est vraiment prenant, les chorus beaux et inquiétants), mais, au moment où l'on se croit installé dans un agréable confort auditif, celui-ci est impitoyablement cassé, au bout de 2 minutes, par une partie très chaotique. Puis, on retrouve le flow du départ, mais avec des variations, qui aboutissent à un riff infini chargé de clore les débats.
Tout comme "The devil I know" sur "Failures for gods", c'est d'ailleurs le riff infini de "Close to a world below" qui va refermer la porte ouverte sur les enfers par cet album, sur une baisse progressive et savamment dosée du volume. Le morceau est lourd mais il a une impitoyable dynamique, et les parties de guitare sont véritablement hantées (sûrement les meilleurs chorus de tout le disque).
Amateurs du creuset infernal de "Failures for gods", vous savez ce qu'il vous reste à faire...
samedi 30 mai 2020
Highland Queen
Highland Queen était un groupe de métal basé près de Lille (nord de la France).
Ils ont été très actifs de 1983 à 1985 : nombreux concerts, dont des premières parties prestigieuses (Twisted Sister, Sortilège, Tokyo Blade, Stocks) ; quelques enregistrements (un par an, pour résumer).
Une carrière prometteuse, mais éclair, comme de nombreuses formations françaises de cette époque, oeuvrant dans le même style. Du talent, de la volonté, un concept et une orientation musicale, dans un pays malheureusement pas assez réceptif... Manque de promotion, manque de soutien... On connaît.
Merci donc à No Remorse Records pour cette belle réédition, parue en 2018. Comme d'habitude, le label grec (aidé par Christophe Bailet, grand collectionneur de hard français) a fait un gros travail d'archéologie, de mémoire et de réhabilitation.
Highland Queen, ou comment célébrer ceux qui, d'une certaine manière et bien des années avant, ont ouvert la voie à une formation telle que Blackrain.
Au fil de ce CD compilation, on découvre l'évolution du groupe Lillois : entre le premier 45T encore balbutiant (surtout au niveau du son) de 1983, où les influences Judas Priest et NWOBHM semblent assez évidentes, jusqu'au mini LP très abouti de 1985 dans lequel on sent une orientation plus américaine et plus "festive" (style Van Halen, Mötley Crüe, Twisted Sister ; même si le speedé "Get out" peut aussi faire penser à Accept ou aux titres rapides du Priest). Entre ces deux jalons, on a droit à la démo convaincante de 1984, à l'approche forcément "transitionnelle" ou encore préparatoire. Par contre, "Live wire" (reprise de Mötley Crüe) et "Highway to the top", enregistrés live à Wattrelos en 1985, ne font hélas pas partie de la liste, alors qu'ils apparaissaient sur une précédente réédition (qui ne comportait pas la démo de 1984...).
Malgré ses titres et ses textes en anglais assez "basiques", le mini LP aurait dû être une porte d'entrée vers un succès croissant et d'autres parutions. La musique n'est pas d'une grande originalité, mais tout est calé, pensé, en place. L'interprétation et l'enregistrement sont de qualité professionnelle. Le chanteur, Patrick Zamparini, a trouvé sa voix, délaissant majoritairement le timbre aigu pour aller vers quelque chose de plus "middle", en injectant exactement ce qu'il faut de classe, de fun et d'agressivité.
Le sort, on l'a déjà évoqué, en a décidé autrement, précipitant Highland Queen vers le split abrupt et définitif.
Aujourd'hui, à travers ces enregistrements redevenus disponibles, ils sont en quelque sorte "back from the past", alors profitons-en, aussi bien pour rafraîchir nos souvenirs que pour rattraper notre retard.
Ils ont été très actifs de 1983 à 1985 : nombreux concerts, dont des premières parties prestigieuses (Twisted Sister, Sortilège, Tokyo Blade, Stocks) ; quelques enregistrements (un par an, pour résumer).
Une carrière prometteuse, mais éclair, comme de nombreuses formations françaises de cette époque, oeuvrant dans le même style. Du talent, de la volonté, un concept et une orientation musicale, dans un pays malheureusement pas assez réceptif... Manque de promotion, manque de soutien... On connaît.
Merci donc à No Remorse Records pour cette belle réédition, parue en 2018. Comme d'habitude, le label grec (aidé par Christophe Bailet, grand collectionneur de hard français) a fait un gros travail d'archéologie, de mémoire et de réhabilitation.
Highland Queen, ou comment célébrer ceux qui, d'une certaine manière et bien des années avant, ont ouvert la voie à une formation telle que Blackrain.
Au fil de ce CD compilation, on découvre l'évolution du groupe Lillois : entre le premier 45T encore balbutiant (surtout au niveau du son) de 1983, où les influences Judas Priest et NWOBHM semblent assez évidentes, jusqu'au mini LP très abouti de 1985 dans lequel on sent une orientation plus américaine et plus "festive" (style Van Halen, Mötley Crüe, Twisted Sister ; même si le speedé "Get out" peut aussi faire penser à Accept ou aux titres rapides du Priest). Entre ces deux jalons, on a droit à la démo convaincante de 1984, à l'approche forcément "transitionnelle" ou encore préparatoire. Par contre, "Live wire" (reprise de Mötley Crüe) et "Highway to the top", enregistrés live à Wattrelos en 1985, ne font hélas pas partie de la liste, alors qu'ils apparaissaient sur une précédente réédition (qui ne comportait pas la démo de 1984...).
Malgré ses titres et ses textes en anglais assez "basiques", le mini LP aurait dû être une porte d'entrée vers un succès croissant et d'autres parutions. La musique n'est pas d'une grande originalité, mais tout est calé, pensé, en place. L'interprétation et l'enregistrement sont de qualité professionnelle. Le chanteur, Patrick Zamparini, a trouvé sa voix, délaissant majoritairement le timbre aigu pour aller vers quelque chose de plus "middle", en injectant exactement ce qu'il faut de classe, de fun et d'agressivité.
Le sort, on l'a déjà évoqué, en a décidé autrement, précipitant Highland Queen vers le split abrupt et définitif.
Aujourd'hui, à travers ces enregistrements redevenus disponibles, ils sont en quelque sorte "back from the past", alors profitons-en, aussi bien pour rafraîchir nos souvenirs que pour rattraper notre retard.
vendredi 29 mai 2020
Memoriam : "The silent vigil"
A peine un an après sa première carte de visite ("For the fallen"), Memoriam remet le couvert avec "The silent vigil". Bon dieu, douze années sans sortir d'album ont vraiment dû donner faim à Karl Willetts, rescapé du défunt Bolt Thrower (et pour Andy Whale, batteur historique qui a quitté BT en 1994, juste après l'enregistrement de l'album "For victory...", n'en parlons même pas...).
Bref, avec ce "The silent vigil", le "jeune" groupe assoit bel et bien ses principes fondateurs. Tout d'abord, visuellement, à travers une superbe pochette, apocalyptique, et toujours signée Dan Seagrave, cette fois-ci dans des tons roses du plus bel effet.
Musicalement, porté par une production qui semble plus sèche et plus compressée que pour "For the fallen", Memoriam déploie à nouveau son death metal qui reste majoritairement mid tempo (on frôle parfois le blast, comme sur "As bridges burn", par exemple, mais sans jamais l'atteindre tout à fait) et fonctionne à grands coups de breaks vertigineux, de chorus de guitares jumelles et de riffs très heavy. Rien que sur le "Soulless parasite" d'ouverture, tous les ingrédients sont déjà réunis, et il est d'ailleurs intéressant de noter que, dans ce titre comme dans certains autres, les harmonies tissées par les guitares jouent plutôt dans les graves. D'autres fois, ces harmonies visent plutôt la tierce vers les aigus : c'est le cas de "From the flames", et surtout du morceau-titre "The silent vigil" qui, très court et principalement basé là-dessus, se pose comme le digne successeur de "Memoriam" sur le premier album. Sinon, les notes associées peuvent être aussi tellement crooked ("Weaponised fear") que l'on se croirait presque en présence des riffs inhumains et malsains créés par Trey Azagthoth en personne (Morbid Angel), ou encore les gars d'Immolation.
Mais, dans tous les cas, il faut surtout reconnaître le côté majestueux (et finalement mélodique) atteint par cette manière de concevoir le death : "Bleed the same" (menaçant, plus chargé qu'un 15 tonnes et pourtant superbe, presque mélancolique), et que dire du passage transitoire central de "No known grave", véritable petite symphonie en distorsion, si ce n'est que l'on a rarement entendu quelque chose d'aussi somptueux dans ce genre musical.
Même le titre bonus "Dronestrike V3" est très bon, offrant au passage des sensations un chouia plus immédiates, légèrement moins travaillées, que ses copains de track listing.
Franchement, méfiez-vous de cet album : il risque, lorsque vous l'aurez bien ingéré, de vous (re)faire plonger pour toujours dans le chaudron du death.
samedi 23 mai 2020
Marduk : "Panzer division Marduk"
Un défi... Un pari un peu fou...
En 1999, les black métalleux de Marduk ont le vent en poupe et décident d'enregistrer le disque le plus violent, le plus jusqu'au boutiste possible.
Choisissant "Reign in blood" de Slayer comme mètre étalon, le groupe suédois l'égale en durée (30 minutes et quelques secondes) mais le dépasse carrément en intensité. Sur "Panzer division Marduk", il n'y a pas de "Postmortem" ou de "Raining blood" pour souffler un peu ou varier les plaisirs... Ici, c'est la guerre totale et définitive. Les musiciens se sont transformés en soldats, en servants de canons, et leurs instruments font corps avec les nombreux samples de machines de guerre. Tout s'amalgame pour former une incroyable et impitoyable bande son des champs de bataille de la deuxième guerre mondiale.
On peut bien sûr considérer ce disque comme un exercice de style et se l'avaler d'un coup, sans respirer. Pourquoi pas ?
Dans une approche plus musicale, on remarque évidemment qu'il s'agit de notes, de rythmes, d'un gros travail de composition et d'assemblage. Malgré l'aspect très linéaire, rapide et monolithique de l'ensemble, il y a bien quelques variations.
Par exemple, une mini mosh part dans "Baptism by fire" et "Fistfucking god's planet" pour introduire un riff transitionnel, ou encore un court passage un peu plus lent au coeur de "502" (à cette occasion, on entend même le groove de la basse).
On peut aussi classer les morceaux : ceux qui sont très directs (genre séquences d'accords hyper speed) comme "Panzer division Marduk", ou ceux qui développent davantage les riffs typiques et assez mélodiques du black métal (on pense à la mélopée qui porte "Kaziklu bey", sur l'album "Nightwing", lorsque l'on écoute "Christraping black metal", "Fistfucking god's planet" ou encore "Blooddawn").
Des refrains ? N'allons pas jusque là... Des mots scandés et hurlés, qui ressortent un peu mieux sur certaines chansons : "Baptism by fire", "Fistfucking god's planet", et surtout "Christraping black metal" (le plus remarquable).
Un disque unique, à écouter au moins une fois dans sa vie et, qui sait, à apprécier peut-être, tant le pouvoir évocateur de cette musique est énorme (sans compter la qualité irréprochable et bluffante de l'interprétation).
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