mercredi 26 février 2020

Best albums 2019

1- Rose Tattoo : "Transmissions - On air 1981"
La foire à l'inédit : 4 titres live à la BBC, 4 autres pour Radio Bremen / German TV et 4 extraits du concert à l'Hippodrome de Pantin à Paris (captés pour l'émission "Chorus"). Le son des studios de la BBC est droit et propre, celui de Radio Bremen est tout simplement divin (un mètre étalon à conserver pour tout candidat à une prestation enregistrée en concert), et celui de Paris sent la sueur, la fièvre et les décibels. Une compilation magique, indispensable, agrémentée d'un DVD proposant  les images des shows diffusés par German TV et "Chorus", pour des moments cultes, sauvages et parfois hallucinants.

2- Doom or be doomed : a french tribute to Cathedral
Douze groupes de doom métal français reprenant chacun un titre de la légende défunte de Coventry. Une compilation tellement improbable que sa conception a pris plusieurs années, le temps de réunir toutes ces bonnes volontés. Entre interprétations fidèles et relectures osées, le résultat est là : le doom est toujours vivant et Cathedral plus présent que jamais dans nos cœurs. 

3- Blut Aus Nord : "Hallucinogen"
Encore plus aérien que la trilogie "Memoria Vetusta", Blut Aus Nord réussit la synthèse idéale entre la puissance du black métal 

4- Opeth : "In cauda venenum"
Opeth a enflammé l'automne avec son nouvel opus, le quatrième de la nouvelle ère initié par "Heritage", et sans aucun doute le plus réussi. Des heures de musique en vue, entre découvertes et redécouvertes, tant l'oeuvre regorge de détails subtils (sans oublier d'être diablement efficace).

5- Rival Sons : "Feral roots"
De la fuzz, des riffs et du rock n' roll ; l'un des meilleurs chanteurs du circuit ; le tout au service de mélodies souvent enivrantes et imparables ("Feral roots", "Shooting stars"...).

6- Kadavar : "For the dead travel fast"
Le trio allemand n'en finit pas de grandir et d'évoluer, proposant cette fois à ses disciples son opus le plus sombre.

7- Overkill : "The wings of war"
Fort de sa très longue expérience et d'un nouveau batteur impliqué, Overkill a su enterrer la concurrence avec un album de thrash métal actuel, frondeur et mémorisable.

8- Phil Campbell : "Old lions still roar"
Pendant des années, Phil Campbell, le dernier guitariste de Motörhead, a traîné d'interviews en interviews le spectre de son hypothétique album solo. En 2019, celui-ci est devenu réalité. Avec sa tonne d'invités (comptez déjà un chanteur différent par chanson, ainsi que la présence de Joe Satriani sur l'instrumental final), "Old lions still roar" sait varier les plaisirs, entre hard rock de caractère, métal et ballades, avec une petite saveur "années 90" inattendue. 

9- Cattle Decapitation : "Death atlas"
"Death atlas", ou comment le grind du groupe de San Diego s'est transformé  en une variante progressive surpuissante (merci les incroyables vocaux en son clair de Travis Ryan), avec un effet inédit : le death métal est devenu émouvant.

10- Nocturnus AD : "Paradox"
L'album le plus passé inaperçu de l'année 2019... Sauf qu'en publiant "Paradox", Nocturnus, légende du death technique old school, a réussi a donner une suite cohérente et digne à son concept album cosmique de 1990, "The key". Un voyage dans le temps et dans la science fiction, avec pour vaisseau des structures complexes, des riffs fous, d'incroyables leads de guitares et de clavier et les vocaux écorchés du batteur/chanteur vétéran Mike Browning. 

Rory Gallagher : "Blues"
Hors classement, mention spéciale à cette géniale compilation de 3 CD's (studio / acoustique / live), proposant 32 enregistrements inédits du maître irlandais de la guitare électrique.















vendredi 14 février 2020

Black Sabbath : "Black sabbath"

Note : cette chronique est extraite de l'ébauche d'un recueil consacré au doom métal, que j'avais commencé à écrire en 2006. Chaque album était alors disséqué sous la forme d'un "track by track", afin d'essayer d'être le plus objectif possible.
BLACK SABBATH : “Black sabbath” (1970) Sanctuary
Ozzy Osbourne : voc - Tony Iommi : guit - Terry “Geezer” Butler : bass - Bill Ward : drums
42 : 57

Black sabbath : j’imagine la surprise des auditeurs qui, en 1970, ont posé “Black sabbath” sur leur platine et ont entendu cette véritable messe noire ramper de leurs enceintes... Ou bien, si l’on se réfère aux divers bruitages (pluie, tonnerre, cloche lugubre) qui ouvrent ce bal des sorcières, une pure musique de funérailles drivée par des riffs anormalement lents et plombés, des couplets minimalistes, une voix de possédé ! Et dire que tout cela accélère vers la fin, pile au moment où l’on semblait avoir perdu tout espoir... Ainsi naissait le doom, à travers ce morceau souvent imité mais jamais vraiment égalé. 6 : 21
The wizard : voici le point de départ vers une terre vierge qui, trente ans et des poussières plus tard, n’a pratiquement pas été explorée (sauf peut-être par Earth, à travers l’étrange album
“Hex” ). Parce que si l’on est un dingue de l’étiquetage et que l’on écoute l’harmonica fou de ce
“Wizard”, on peut ici saluer sans problème l’avènement du “country doom” (ou encore “doom pour feu de camp sinistre”). 4 : 24
Behind the wall of sleep : est-ce une chanson ou une leçon de construction de riffs ? En guise d’exemple, les 40 secondes qui séparent la première note jouée de la première note chantée sont un véritable cheminement spirituel, musical et logique. Rarement entendu une structure aussi complexe et parfaite (à se demander si, beaucoup plus tard, les inventeurs des musiques très techniques comme certaines tendances du thrash et du death ne se seraient pas, tout simplement, inspirés de ce genre de morceaux). Ajoutons à cela des lignes vocales d’anthologie et le tableau sera complet. Un grand classique. 3 : 37
N.I.B : la curieuse démonstration de basse qui ouvre “N.I.B” attire déjà notre attention. Puis, le riff principal se montre aussi simple qu’efficace. Les chorus de guitare et autres solos exhalent une beauté baroque inoubliable. Encore un incontournable du groupe de Birmingham et, sans aucun doute, le morceau idéal pour achever cette fantastique face A. 6 : 07
Evil woman : c’est là, en ce début de face B, que l’on bascule vers du “un peu moins bon”. Pas vraiment ésotérique, assez basique, cet “Evil woman” a des relents de vieux rock n’ roll.
Finalement, là où “Black sabbath”, “Behind the wall of sleep”, “The wizard” ou encore “N.I.B” se
posent en pionniers musicaux et enfoncent bien des portes, “Evil woman” reste bêtement ancré
dans son époque. 3 : 25
Sleeping village : l’intro est une sorte de prototype de “Planet caravan” et constitue la seule partie chantée de l’ensemble. Après, on s’engage dans un dédale assez complexe de riffs avec pas tant de points de repère que ça, le tout ramassé dans une durée plutôt compacte. 
3 : 46
The warning : cette grosse jam-session est un des rares morceaux de Black sabbath dans lequel on peut apercevoir les racines bluesy du groupe. A certains moments, surtout sur les nombreux passages instrumentaux, on se croirait presque chez Hendrix ou chez Led Zeppelin ! Il y a du solo de guitare vintage “en veux-tu, en voilà” et, du coup, “The warning” est d’écoute fort agréable. Seulement, un peu comme “Evil woman”, ce n’est pas vraiment ce titre qui a fait avancer le schmilblick du doom... 10 : 32
Wicked world : on ne partira pas fâché, parce que ce “Wicked world” c’est du Black sabbath pur jus ; une sorte de petit frère de “Behind the wall of sleep”. On y retrouve la même science de l’enchaînement de riffs caverneux et géniaux. Et puis, mention spéciale au mystérieux - mais court - passage en arpèges qui se trouve bien calé au centre de cette pépite. 4 : 43

mardi 11 février 2020

Archives Bathory : "Twilight of the gods" (Metal Hammer n°33 - octobre 1991)

Un album unique, marquant, tout comme cette chronique dans laquelle on sent que l'auteur s'est investi corps et âme.
Je l'ai évoquée dans le post dédié à "Hallucinogen" (Blut Aus Nord), peut-être l'un des dignes descendants de ce "Twilight of the gods".
Il était temps de ressortir ce texte, et il est toujours temps d'écouter Bathory.

samedi 1 février 2020

Blut Aus Nord : "Hallucinogen"


Pas si facile de parler de cette entité quasi sans visage, ce laboratoire hexagonal dévoué à la cause du black métal depuis le milieu des années 90. Confiné entre les quatre murs de son studio, le groupe compterait aujourd'hui trois membres pour assister Vindsval, le fondateur du projet, dans sa quête de la formule ultime, de la libération suprême... En 2019, Blut Aus Nord est un vaisseau qui a déjà beaucoup bourlingué, explorant tour à tour, et sans plan de vol déposé à l'avance, les confins les plus épiques, planants, dissonants, violents, modernes ou expérimentaux de l'infinie planète black.
Avec "Hallucinogen", ce sont les fans de la trilogie "Memoria vetusta" qui vont être à la fête : encore plus atmosphérique que "Memoria vetusta II : Dialogue with the stars", cet album marquerait la fin des travaux du groupe au chevet des sonorités noisy et des notes qui font mal (il faut dire que Blut Aus Nord est déjà allé loin, très loin sur ces terres hostiles). Une réorientation que ce nouvel album célèbre avec majesté, gonflé de sa superbe force de propulsion hors de la stratosphère. Une chose est sûre : "Hallucinogen" est conçu, en premier et en dernier ressort, pour rêver, décoller, garder la tête haute (les nombreux riffs épiques : par exemple, ceux du "Nomos nebuleam" d'ouverture). Cette musique est flamboyante, belle, poignante même à certains moments, que ce soit dans la subtilité (le thème sidéral de "Sybellius") ou à travers l'expression de la puissance pure (le blast abrupt et extrême de "Mahagma"). 
Comme souvent chez Blut Aus Nord, les vocaux sont mixés assez en retrait. Cela dépend de leur teneur (chœurs oniriques ou guerriers, grands chants, voix hurlées et écorchées),  mais, du coup, certains morceaux gagnent au passage une aura quasi instrumentale, ce qui a pour effet de renforcer la transe que génère l'écoute respectueuse et appuyée de cet album.
Une cuvée exceptionnelle, pour laquelle j'ai envie de reprendre la phrase mémorable qui concluait à l'époque la chronique du "Twilight of the gods" de Bathory : "Ce n'est pas un simple album, mais un manifeste grandiose à l'usage des voyageurs tri-dimensionnels" (Louis Bourgade - Metal Hammer n°33 - octobre 1991).
Dont acte.





samedi 25 janvier 2020

Overkill : "The wings of war"

Vu son exceptionnelle longévité, le cas d'Overkill se complexifie peu à peu. En effet, si l'on retire les EP, les live, ainsi que "Coverkill" (le disque de reprises, paru en 1999), il semblerait bien que "The wings of war" soit le dix-neuvième album studio du groupe !
Aucun affaiblissement dû au temps, que du savoir-faire. Propulsé par les prouesses de leur nouveau batteur (Jason "Sticks" Bittner, qui brille dès l'introduction assez futuriste / indus de "Last man standing"), ce nouvel effort passe la rampe comme une plume, sans la moindre difficulté ; à se demander si la dernière décennie ne serait tout simplement pas la meilleure période au sein de la carrière fleuve du groupe...
Ici, Overkill a bien réfléchi au format de ses chansons (on évite de dépasser le seuil un peu critique des six minutes) et a placé des jalons judicieux tout au long du track listing : du thrash à refrains imparables ("Last man standing", "Hole in my soul"), du groove ("Believe in the fight", "Batshitcrazy"), de l'efficacité aux relents punk ("Welcome to the garden state", "Out on the road-kill"), de la lourdeur bien malsaine ("Where few dare to walk", fils caché du "The thing that should not be" de Metallica)... En gros, si l'auditeur décroche, c'est entièrement de sa faute !
Comme d'habitude, Bobby "Blitz" gratine chaque titre avec la valeur ajoutée de son incroyable voix thrash. Mieux : il s'éclate carrément en proposant une sorte de scat endiablé, totalement raccord avec tempo, sur "Believe in the fight" et "Batshitcrazy".
"The wings of war" : un très bon album dans son ensemble, mais dont le point d'orgue n'est autre que "Welcome to the garden state"... Immédiat, frondeur, drôle, cet hommage au New Jersey natal (ou terre d'accueil) des membres du groupe, se place d'emblée au panthéon des meilleures chansons d'Overkill, transcendant ses racines punk, tout en adressant à Bruce Springsteen (autre célèbre natif du coin) un sympathique petit clin d’œil (les quelques mesures finales empruntées au riff de "Born to run").


samedi 18 janvier 2020

Presumption

Paru en 2017 et publié "physiquement" sur son propre label (Sleeping Church), voici, après plusieurs EP,  le premier album de Presumption, groupe français de doom métal... Un véritable album : la passion, le pas en avant conséquent et courageux, dans un pays où cette branche très particulière du heavy n'a jamais vraiment essaimé ni fait recette (quelques noms nous viennent quand même à l'esprit, certains hélas disparus ou mis en sommeil : Northwinds, Ataraxie, Rising Dust, Monolithe, Barabbas, Father Merrin...). On le sait : en matière de doom, énumérer des groupes c'est entrer dans autant d'approches différentes du style, certaines plus ou moins lyriques, modernes, traditionnelles, lourdes, expérimentales, mâtinées de death ou même de black... Et j'en oublie !
Chez Presumption, on respecte les grands anciens : Black Sabbath (l’atmosphère cosmique de "Sand witch" et sa progression vers la puissance) , Trouble, St Vitus (les courts instrumentaux "Midnight suffering" et "Nomen est omen"). On respecte le True doom, mais l'on n'oublie pas d'inclure des éléments inattendus (le final totalement black métal de "Deadly barrels", les vocaux hardcore de "Presumption" sur une base pourtant des plus doomy, le côté tribal et chamanique à la Caronte de "Dr Satan").
Autre pan, fondamental : chez Presumption, on voue un culte à Cathedral. Lorsque, après quelques mesures bien funèbres, "Pale blue horses" prend de la vitesse, c'est toute l'ère "Carnival bizarre" ou encore "Supernatural birth machine" qui vous saute à la figure (on pense à "Hopkins", à "Urko's conquest"...). Toujours sur l'autel dédié aux doomsters de Coventry : un petit clin d’œil à "Equilibrium" à la fin de "Presumption", les samples de "Red death" et, surtout, son sublime final mortifère à la "Reaching happiness, touching pain" (ici, c'est un violon aigre qui n'en finit plus de survoler les marécages).  
Mention spéciale à la production (impeccable) et à la prestation du bassiste / chanteur à la robe de bure, Moot : sorte de Julien Truchan du doom, il maîtrise au moins quatre types de voix différents, de la plus mélodique à la plus extrême (tour de force démontrant d'ailleurs la variété des ambiances proposées).
Un excellent album, l'un des meilleurs parus sous la bannière très confidentielle du french doom métal.
A soutenir absolument !


samedi 11 janvier 2020

Phil Campbell : "Old lions still roar"


- 2004 : interview promo pour l'album "Inferno" (Motörhead). 
Phil Campbell : "Je commence à bosser sur un album solo. Je devrais l'avoir terminé dans le courant de l'année prochaine. Cela n'aura rien à voir avec du Motörhead. C'est tout ce que je peux en dire pour l'instant... Je vais travailler avec des amis, mais surtout seul".    
Est-ce toi qui te charges de l'écriture des paroles ? "Certaines d'entre elles. Mais je pense que j'aurai besoin d'aide sur certaines chansons. D'autres titres seront uniquement instrumentaux."
- 2015 : interview promo pour l'album "Bad magic" (Motörhead).    
Où en es-tu de ce disque solo ? Phil Campbell : "Un certain nombre d'invités y apparaîtront. Rob Halford de Judas Priest y chantera un titre, et d'autres aussi, mais c'est encore au stade embryonnaire. J'ai une démo de trois titres qui est bien avancée..."
- Octobre 2019 : nous tenons enfin le fameux album solo de Phil entre nos mains. En 15 ans de gestation, les écrits restent (merci Rock Hard - Hors série spécial Motörhead) mais les choses ont bien le temps d'évoluer... ou pas. Le titre chanté par Rob Halford est là ("Straight up"), il y a une pléthore d'invités (album hétérogène : un chanteur différent par chanson), un instrumental (l'outro planante "Tears from a glass eye"), et c'est vrai que le disque n'a pas grand chose à voir avec Motörhead... Enfin, relativisons : le méchant "Swing it" (chanté par Alice Cooper) n'aurait pas dépareillé sur un album du bombardier, tout comme l'excellent "These old boots" (chanté de voix de maître par Dee Snider) qui, passé au crible du timbre granitique de Lemmy, aurait pu faire un très bon "Killed by death - part 2". 
Pour le reste, c'est vrai que Phil Campbell s'est écarté des cadres de son ancien groupe. En témoignent les trois balades qui jalonnent "Old lions still roar", et lui donnent une bonne partie de sa saveur : "Rocking chair", très Def Leppard dans l'âme ("Two steps behind") et génialement placée en ouverture, "Left for dead", chaleureuse avec ses parfums gospel, "Dead roses" dont le piano évoque les Guns période "Use your illusion"... Autre signe de l'émancipation du guitariste gallois : celui-ci n'hésite pas à adapter la musique à son intervenant. Ainsi, et sans s'attarder sur les détails de toutes les chansons, "Straight up" dresse-t-il un pont vers le métal afin de mieux servir la voix chromée de Rob Halford, tandis que "Faith in fire", chantée par Ben Ward (Orange Goblin), donne dans le très pachydermique. Quant à "Walk the talk" (feat. Danko Jones et Nick Oliveri) et "Dancing dogs" (feat. Whitfield Crane), elles ont forcément une forte saveur années 90, ce qui est d'ailleurs l'impression dominante (et assez inattendue) qui découle de l'écoute de cet "Old lions still roar" (nous avons quand même croisé, au passage, les ombres de Def Leppard, Guns n' Roses, Ugly Kid Joe et Queen of the Stone Age, sans compter la production, moderne, qui y est aussi sans doute pour quelque chose). 
Un très bel album, très attachant. 


Indispensable ! Pour remonter dans l'histoire de Motörhead et de ses membres.